Méthodes en veille documentaire

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Une part importante de mon temps est consacré à la veille documentaire, qu’il s’agisse de suivre la presse ou de la lecture d’ouvrages. Cet article vise à expliquer les méthodes de travail mises en place, dans l’idée de permettre aux lecteurs de gagner du temps pour leur propre routine de création. Je soupçonne la mienne d’avoir un côté démesuré et très chronophage, mais elle m’a aussi beaucoup apporté. Je n’aurais pas été capable d’écrire de nombreux textes sans ces préparations en amont.

Cela prend des années d’explorer des sujets aussi variés que la mythologie comparée, la criminologie, les lois tendancielles de l’évolution des sociétés, ou les interactions au sein des environnements. C’est une tâche sans fin, mais chaque année qui passe permet d’approfondir les connaissances, et ce faisant de pouvoir créer des univers plus riches, complexes et vivants.

Chercher : avant ou après ?

Quand on est une personne raisonnable, on cherche sur un thème de recherche, par exemple « le western des années 1980 » ou « les années 1920 en Autriche« . Cette approche permet d’avoir une connaissance pointue dans un domaine, et de se sentir à l’aise pour écrire à ce propos.

S’il m’est arrivé de procéder de la sorte, c’était néanmoins marginal, accidentel et même parfois en dans des cas d’urgence inconfortable. Je me sens bien plus à l’aise quand j’ai pu décanter un sujet avant de commencer à écrire. Il y a bien sûr un continuum. Par exemple pour In-Existence, j’ai démarré avec une base, mais j’ai continué à chercher des documentaires et des lectures pour continuer à réfléchir sur le sujet. D’ailleurs, même quand je ne cherche pas directement pour ce thème, des lectures dans des domaines a priori éloignés peuvent néanmoins m’aider dans mon travail.

C’est précisément pour cela que je préfère un filtre large de recherche, et une routine de « veille » plutôt que de recherche étroitement dédiée. Dans ma pratique, le hasard de la découverte accidentelle s’est avéré bien plus inspirant qu’une pratique strictement cadrée.

Type de rechercheAvantagesInconvénients
Recherche cadréeProfondeur, expertiseLimite à une vision spécialisée et pointue interne à un domaine
Veille documentaire à filtre largeSurprises inspirantesChronophage en temps de traitement, mais aussi pour avoir les bases suffisantes pour comprendre la vulgarisation scientifique d’un domaine
Avantages et inconvénients des deux pôles de recherche.

I – Chercher des données

1/ Abonnement à des périodiques

Il y a à mon sens beaucoup d’intérêt aux périodiques dans une routine de veille. Au fil des années, j’ai testé plusieurs abonnements. La difficulté est d’identifier des revues qui m’apportent une quantité régulière de matière de qualité.

Pourquoi les abonnements ?

  • Les journalistes et chercheurs invités (ou interviewés) traitent de l’actualité de la recherche et des débats dans le domaine mis en avant par la publication. Souvent, ils présentent aussi pourquoi le sujet est l’objet de controverses ou pourquoi telle découverte ouvre des perspectives.
  • Lire une revue de psychologie ou d’archéologie ou d’histoire de l’art procure une sensation différente : le langage, les méthodes de travail et les débats ne sont pas les mêmes. On conçoit le monde autrement en l’examinant sous des prismes différents. De là, il devient possible de penser une même problématiques avec plusieurs éclairages. Sans influer directement sur la teneur des textes qu’on écrit, cela apporte le potentiel de les nuancer.
  • Une revue bien sélectionnée permet d’accéder efficacement à des informations qui sont inspirantes et sources d’apprentissage, ainsi que d’ingrédients très concrets pour créer.
  • Les recensions de lecture et signalement de nouvelles publications de livres sont pour moi très précieuses. J’en parle plus bas.

Comment choisir les périodiques adaptés à sa veille documentaire ? En premier lieu, je ne suis pas certaine qu’une revue soit nécessairement adaptée pour des années, ou pour toujours. Ensuite, le choix dépend beaucoup de l’état du cheminement de lecture qu’on a fait déjà.

Mes critères de choix de revue

Quantité de nouveautés exploitables

Je ressens de l’ennui quand la quantité d’informations nouvelles est faible par rapport à ce que j’ai déjà appris. Les synthèses globales me sont de moins en moins utiles, parce que je les ai déjà lues au cours de mes vingt-cinq à trente années de veille documentaire. De fait, il y a des revues que je lisais autrefois avec passion, et que j’ai délaissées, sans que j’ai de critiques à formuler à l’égard des équipes éditoriales.

Je cherche en substance un certain degré de difficulté ou de défi, mais je n’ai pas pour autant le niveau de lire tout et n’importe quoi. Je suis abonnée à Pour la Science depuis un peu plus de huit ans je crois, et une de mes grandes satisfactions est de ne justement pas tout comprendre. Le pire, ce sont les articles de mathématique, et juste derrière ingénierie puis physique fondamentale.

Fiabilité des données

La documentation prend beaucoup de temps, je n’ai pas envie de m’éparpiller à papillonner sur Internet au hasard d’une recherche par mot-clef et sans avoir de moyen de contrôler qui écrit. Je cherche donc à identifier des périodiques qui présentent certains gages de « sérieux ».

  • Pour les revues scientifiques, ça passe souvent par la présence d’un comité scientifique (et sa nature). En substance, je cherche à ce qu’il y ait un travail éditorial réel dans le contrôle des contenus publiés.
    • Si j’étais vraiment une spécialiste, je chercherai dans les revues avec contrôle par les pairs, mais les articles « trop pointus » ne sont pas souvent exploitables. Il peut être intéressant de savoir que le palladium est un catalyseur puissant, ainsi que ses enjeux (en chimie, en économie, en pharmacologie, en géopolitique), mais le détail technique de la fabrication d’une molécule n’a que très peu de chance de me servir.
    • Même si une revue est « globalement sérieuse », il y a régulièrement des erreurs ou même des fraudes. Ces événements sont minoritaires, mais défraient la chroniques et ils incitent à lire avec précaution, sans scepticisme abusif, ni enthousiasme béat. La plupart des auteurs (journalistes scientifiques comme chercheurs) sont très prudents eux-mêmes dans leurs textes, en précisant les démarches et méthodes, ainsi que les critiques adressées et pourquoi ils pensent malgré tout que…
      • [edit : je suis sûre d’avoir lu des discussions sur des erreurs dans des revues célèbres; en revanche, pour la fraude, je pense surtout à deux scandales, l’un en archéologie préhistorique au Japon, et l’autre en psychologie,… mais je n’ai pas bien fait mes devoirs, et je n’ai pas noté les cas dont il est question]
      • [Edit : sur les fraudes, il y a de fausses revues scientifiques qui publient semble-t-il n’importe quoi pourvu qu’on paye pour voir un article publié, d’où l’importance de faire attention même si un article de presse généraliste relaye un article issu théoriquement d’une revue scientifique. Je lis régulièrement des critiques sur des problèmes de ce genre, mais j’ignore l’ampleur du phénomène.]
  • Pour l’actualité, l’enjeu est la manière dont l’information est vérifiée, et le travail effectué pour l’analyser. Ma motivation première pour ces abonnements était d’avoir connaissance de ce qui se passe à l’international, car je le trouve souvent meilleure source d’inspiration que le national. Comme je passe très peu de temps sur les grands réseaux sociaux (ils me servent de boîte au lettre), j’apprécie d’avoir un « résumé des épisodes précédents » sur les débats divers.

Actuellement, mes sources en abonnement sont : Pour la Science, Cerveau & Psycho, Espèces, Archéologia, Le Monde, Courrier international. Vous pouvez trouver une présentation un peu subjective de ces publications sur cette page.

2/ Chercher des livres…

Pour un aperçu des méthodes employées pour trouver des ouvrages qui serviront à enrichir les mondes imaginaires

Newsletters d’éditions

J’aime beaucoup mes revues spécialisées pour leurs présentations des sorties dans leur domaine, et je me suis abonnées à certaines newletters d’éditions pour suivre les nouveautés, bien que je n’ai pas de librairie universitaire sous la main. L’une de mes préférées : les presses universitaires de Rennes. Je les avais découvert en histoire et histoire du droit, et j’ai accumulé beaucoup d’ouvrages publiés chez eux.

La vie des idées

Ce site présente des critiques de livres et, au travers, les débats qui animent différentes disciplines. Le texte d’analyse lui-même peut servir, tout comme il peut aussi inciter à examiner le livre.

OpenEdition Books

C’est un peu une bibliothèque de Babel : des livres universitaires qui datent souvent un peu, et qui sont mis à disposition en lecture gratuite pour beaucoup. Évidemment, il y a des contraintes : il faut lire sur la plateforme. Si on met en balance la richesse du fond et cet inconvénient, ce n’est vraiment pas grand-chose.

En revanche, la difficulté vient du côté de la recherche. Malgré mes efforts renouvelés, j’ai constamment l’impression de ne pas réussir à bien utiliser le moteur de recherche, et avoir des résultats moyennement satisfaisants. Il en résulte que j’élargis mon spectre de recherche et que je ressors la bonne vieille technique de « je passe tout le rayon en revue ». Sans surprise, c’est très long et j’enregistre à chaque fois des piles de titres dans mes marques-pages, en essayant de trier tant bien que mal, pour ensuite retrouver plus facilement les titres.

France Culture

Il y a globalement beaucoup de ressources sur tout RadioFrance. Ces temps-ci j’ai un faible pour « Entendez-vous l’éco » qui balaye des sujets aisément exploitables en fiction, avec un propos clair, et très souvent une bibliographie (et j’aime les bibliographies, on l’aura compris). Par exemple, récemment, une émission portait sur l’histoire du soap opera, et ses relations avec l’économie, et l’évolution de la société. Or cela touche aussi bien à des sujets de construction de l’histoire (structure, personnages) que le choix des thèmes (enjeux, grands méchants).

Gallica

La bibliothèque nationale de France met à disposition de nombreux livres numérisés. Bien sûr, ce sont des ouvrages anciens, mais on y trouve des outils appréciables, comme des dictionnaires d’argot, ou des recueils de planches artistiques.

II – Méthode de lecture

1/ La prise de notes

Lorsque j’écris, j’essaie de faire en sorte qu’on n’ait pas besoin de me relire une seconde fois pour me comprendre. Pour ma documentation, ce n’est pas un critère. Lorsque je débute dans un champ d’étude, je prends un livre du domaine dont le sujet paraît intéressant. Puis…

  • J’effectue une première lecture avec crayon et parfois fluo (désormais fluo en crayon de couleur !) : souligner, surligner, commenter…
  • Puis repasser le chapitre ou tout le livre pour mettre les notes au propre, en recopiant certains passages, en paraphrasant, en ajoutant des titres correspondant à ma recherche d’informations… Je précise les sources utilisées, et j’essaie de bien distinguer ce qui est de l’ordre de l’information, de ce qui est réflexion ou ébauche d’idée pour une fiction.
  • Par la suite, quand je lis d’autres choses dans le domaine, je complète, insère, relis.

C’est assez long, comme on peut s’y attendre, mais me concernant, c’est efficace. Ces phases me permettent de comprendre et retenir ce que je lis, ainsi que de le mettre en lien avec le reste de mes sujets de réflexion.

La perfection n’étant pas de ce monde, je n’ai pas toujours réussi à trouver le temps de mener l’intégralité des phases pour tous les livres de ma bibliothèque. Parfois je reviens des années après sur un livre entamé, ou annoté, et je m’y replonge, ou seulement dans un aspect qui m’est utile sur le moment.

2/ Les fichiers

J’utilise deux types de fichiers : ceux consacrés directement à une civilisation, et ceux qui sont transversaux (par exemple en traitant de psychologie ou de criminologie).

Les fichiers de civilisation ont toujours le même plan, cette standardisation facilitant le classement des données :

  • Introduction : bibliographie ; intentions générales ; collecte de noms et prénoms pour jouer dans ce cadre
  • Culture : art, économie (cuisine, habitat), société
  • Extraordinaire : surnaturel, religion, sciences (le détail dépend de ce qui sert d’enjeu pour la société)
  • Régions
  • Scénarios

Quand une civilisation est développée, certains sous-titres montent d’un niveau hiérarchique. Ainsi pour Artland, les sciences et le surnaturel ont chacun leur entrée distincte.

Les fichiers transversaux sont rangés par thématiques, sommairement :

  • Société : traite de démographie, de crises de régimes, etc.
  • Nature : traite de l’évolution, rassemble mes boîtes à outils de création de bestiole, etc.
  • Criminologie
  • Psychologie et rationalité
  • Mythologie comparée et littérature comparée
  • Science fiction et science de pointe

Comme je travaille sur le long cours, il est essentiel que je me comprenne et que je puisse dialoguer avec mes « anciens moi » et mes « futurs moi ».

Pour conclure, chercher est une activité essentielle pour créer, mais aussi passionnante. J’espère que cette présentation de rouages vous permettra de trouver des sources utiles pour vous. Si vous souhaitez partager vos ressources, n’hésitez pas, les commentaires sont là pour ça ! Et vous êtes toujours bienvenus sur discord

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