Peut-on vraiment cibler un lectorat ?

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Le lectorat est un sujet qui concerne à la fois l’écriture de roman et celle de jeu de rôle. J’essaie ici de croiser ce que j’ai pu expérimenter et comprendre des deux domaines. C’est un chantier ouvert, une réflexion en cours.

Le thème de cet article m’est venu suite à trois événements indépendant les uns des autres, mais s’étant déroulé à peu de temps d’intervalle (suffisamment peu pour que je les rapproche dans mon esprit).

  • Un débat sur Discord à propos de la la manière dont certaines quatrième de couverture peuvent dissuader un lecteur potentiel d’ouvrir le livre, tout en parlant à d’autres.
  • Un échange sur Bluesky avec un utilisateur qui préparait une présentation de son roman pour des éditeurs ou agences littéraires.
  • Le début de lecture d’un roman coréen plutôt contemplatif centré sur le quotidien d’une librairie de quartier et les réflexions d’un personnage à propos des livres, de la manière de les conseiller (quoi pour qui ?). Le personnage est incertain, mais soupçonne qu’on pourrait conseiller des livres en lien avec les problématiques de la vie d’une personne : un nouveau départ, un changement de vie, des relations familiales, etc. (Bienvenue à la librairie Hyunam de HWANG Bo-reum, 2024 pour l’édition française, quatrième de couverture en image illustrant l’article)
  1. 📝Journal d’écriture
    1. ■ Préparer l’unité d’un volume
    2. ■ Parler de son travail
  2. 🔷 Les bibles de projet en jeu de rôle
  3. 🔷… et en roman ?
    1. ■ L’industrie ciblée existe
    2. ■ L’influence du classement sur l’accès au livre
  4. En conclusion ?

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In-Existence

In-Existence est un cycle composé de trois séries autonomes. L’ensemble emprunte aux genres des histoires de gangsters, de l’urban fantasy et de la low science-fiction. Chaque série explore un aspect d’une même crise, complexe et multifactorielle.

Une question de feuille de style

Une feuille de style est un outil qui permet de configurer facilement un document Word (ou logiciel équivalent), et de disposer ensuite d’autres facilités très appréciables dans la gestion du texte.

📝Journal d’écriture

■ Préparer l’unité d’un volume

In-Existence se développe sur trois séries, ayant chacune un ton spécifique, et des personnages principaux différents. Les « secondaires » (voire figurants) dans l’un sont au premier plan dans un autre. Cette organisation du propos m’amène à réfléchir au développement des personnages (influence du point de vue) et de la découpe des livres d’une même série.

Comment donner une unité (une problématique, une dynamique) à chaque ouvrage d’un ensemble qui se suit ? J’essaie de travailler sur des échelles distinctes :

  • Arc dramatique « court » : il me donne l’unité de mon chapitre, que j’essaie, tant que c’est possible, de penser comme une nouvelle, avec ses enjeux et sa résolution.
  • Arc dramatique « moyen » : il me fournit l’unité de mon livre. Dans certains cas, un arc dramatique de taille moyenne s’impose comme une évidence. Dans d’autres cas, comme présentement « A3 », j’ai retravaillé le tout pour le faire ressortir, avec des chapitres consacrés à Beric tout le long, et avoir mon fil conducteur.
  • Arc dramatique « long » : c’est l’unité de la série
  • Arc dramatique « global » : c’est l’unité d’In-Existence dans son ensemble

■ Parler de son travail

C’est un vrai casse-tête pour moi de parler de mon travail et surtout : clairement, de manière concise et inspirante !

Au fil des mois, j’ai compris que je n’y parvenais jamais du premier coup, mais que je trouvais des arguments plus efficaces après avoir écrit un article expliquant ce qui m’interroge. C’est en quelque sorte ce « journal d’écriture » qui m’aide à expliciter les concepts qui dirigent mon travail, ce que je cherche et essaie d’exprimer.

J’ai donc commencé un dossier de présentation d’In-Existence dans lequel je tâche de répondre à un peu toutes les questions qui peuvent se poser :

  • Pourquoi ce titre ?
  • Quelle mythologie est utilisée ?
  • Quelles sont les particularités du surnaturel ?
  • Pourquoi l’histoire est-elle aussi resserrée dans le temps (et aussi longue !)
  • Pourquoi trois séries ?

J’ignore à ce stade quelles parties de cet ensemble Questions/Réponses servira effectivement à présenter In-Existence, mais cela me rend la rédaction de résumés plus facile. Des regards extérieurs seraient utiles pour identifier ce qui est le plus porteur dans les arguments ou les informations. C’est un chantier de long terme, en cours ! 🚧

🔷 Les bibles de projet en jeu de rôle

Quand on démarre de zéro une gamme, il est utile de formaliser le projet au sein d’un document qualifié de « bible ». Dans l’usage que j’en ai connu, il répond à plusieurs questions.

On voit que le « lectorat » n’est qu’une préoccupation parmi beaucoup d’autres à ce stade du chantier. Quand j’y réfléchis, la prise en compte est plutôt diffuse.

En l’état de mon expérience, et en rédigeant cet article, je me rends compte que le ludorat était pris très au sérieux en écrivant les bibles, mais qu’il n’y avait pas vraiment de suite concrète, de véritable « plan » en fonction de cette présumée cible. Cela m’amène à douter du bien fondé de ces passages de bible de gamme. J’ai presque l’impression de paragraphe assez inutiles en l’absence de stratégie propre à un « segment » de ludorat.

Si en pratique on utilise toujours les mêmes canaux de communication, le ludorat n’est-il pas juste « la personne qui les entend » ? Et la vraie question serait plutôt « où sont les autres ? sur quels canaux parler pour toucher plus de monde ? ».

🔷… et en roman ?

■ L’industrie ciblée existe

Il est certain que certains romans sont formatés délibérément, dans une logique authentiquement industrielle, avec des schémas tellement rigides que je me dis parfois qu’une IA générative pourrait tout aussi bien faire le job (troll ! hérésie !). Pour comprendre comment j’en suis arrivée à une telle supposition, je vous invite à consulter le distrayant « Lettre à celle qui lit mes romans érotiques et qui devrait arrêter tout de suite » de Camille Emmanuelle (2017).

Il existe donc bien un circuit qui va de la commande de romance à sa diffusion, avec des idées très arrêtées sur ce qui est un contenu acceptable (dans l’exemple précédent : l’identité de l’amant, son statut professionnel, les positions sexuelles, les environnements autour de l’action, etc.).

■ L’influence du classement sur l’accès au livre

Sorti de là, et dès qu’on va du côté du roman « œuvre », que penser ?

Je connais au moins un cas de « j’adore ton texte », mais associé au constat que jamais la lectrice considérée ne serait allée dans le rayon « Science-fiction-fantasy-fantastique » (SFFF) pour l’y dénicher. Le « genre » est à la fois une étiquette qui facilite l’accès à certains lecteurs… et qui le complique pour d’autres.

Toujours dans les questionnements, j’ai exploré la bibliothèque de Mortagne-au-Perche, très agréable au demeurant. En fouillant les rayons, j’ai constaté qu’on pouvait trouver de la « SFFF » dans trois groupes de livres :

Les personnes qui feuillettent les ouvrages de ces rayons ne sont pas les mêmes. Il faut un minimum de motivation pour monter l’escalier, franchir la passerelle, ignorer les romans policiers et les bandes dessinées pour chercher dans la « science fiction ».

Je me demande ce que ça donnerait si on faisait trois éditions d’un même livres : trois couvertures, trois quatrièmes de couverture, et trois recommandation de classement en rayon. Que se passerait-il ? Et si on faisait trois campagnes de communication différentes, segmentées ? Quel serait le résultat ? Confirmerait-il des intuitions de placement ou remettrait-il en question la perception d’un public qu’on pourrait découper en catégories maitrisables ?

En conclusion ?

Qui aimera un livre ? Comment faire pour amener un livre à celui qui l’aimera ? En suivant les liens sur le blog de lecteur de romans d’un utilisateur Bluesky, j’ai découvert l’existence d’un service anglophone censé aider à trouver des livres grâce à une IA bien dressée (The StoryGraph). J’étais perplexe en découvrant ça, et je n’ai pas encore essayé pour vérifier si c’est efficace. En tous cas, ça suggère que cette question de « s’y retrouver dans le maquis des livres » est un enjeu.

En écrivant cet article, je me suis soudain rappelé des questionnements sur les stratégies de campagne électorale aux USA. Je l’ai peut-être lu sur Le Monde ou Courrier international, mon souvenir est très flou. L’auteur remarquait que les stratèges faisaient des calculs compliqués de représentation (qui sera le n°2 ? comment composer le gouvernement ?), et qu’il n’y avait aucun élément tangible prouvant que ces méthodes étaient efficaces.

J’aimerais bien trouver des éléments fiables (testés, avec groupe témoin et un panel assez large pour avoir des résultats statistiquement significatifs) sur le « ciblage ». Cela m’intéresse pour les livres, mais l’exemple des campagnes électoral m’amène à m’interroger plus largement.

Par rapport à l’article de la semaine passée, je suis toujours dans la fosse du Tartare sur Wattpad 😱😅😂. Nous verrons si dans la durée, je parviens à remonter, ou si je suis damnée pour l’éternité sur cette plateforme !

Exploration du réseau Wattpad et premières observations

Wattpad est un réseau social consacré à l’écriture de fictions. Il est fréquemment associé à la romance, à la romantasy et à la dark romance. Autant de phénomènes littéraires actuels. J’ai voulu en savoir plus.

A suivre ! ✨

Une série de quatrième de couverture de livres entamés 📚✨

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Une réponse à « Peut-on vraiment cibler un lectorat ? »

  1. Avatar de NRposix
    NRposix

    D’ailleurs ça me rappelle avoir lu il y a quelques années (dans des cercles d’écriture sur Twitter) qu’aux États-Unis (et à priori c’est pas le cas en France) être une jeune autrice de SF/Fantasy faisait que le livre était immédiatement rangé dans les catégories « Young Adult » indépendamment du contenu de l’ouvrage. Bref, y’a probablement une part de « doigt mouillé » dans au moins certaines décisions de ciblage.

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