Fortuna Imperatrix Mundi

La toile de la malédiction

La toile de la malédiction est une histoire autonome de l’ensemble In-Existence.

GENRE : entre thriller fantastique, guerre de gang et catabase (descente aux enfers)

PITCH : La Voyageuse parvient à quitter les Enfers avec l’aide d’un invocateur avide de vengeance, mais elle refuse de tuer ses cibles, les membres d’une famille criminelle à la tête de la pègre, cherchant au contraire une solution pour se libérer et dénouer la malédiction qu’elle incarne.

📚 Résumé

La Voyageuse a erré si longtemps dans les Enfers, qu’elle en a oublié jusqu’à son nom, mais pas son désir de se libérer. Quand une occasion unique se présente, elle prend le risque de suivre le fil de la toile d’une malédiction jusqu’à la ville de Demigo.

Cité élégante, animée et moderne, Demigo vit depuis sa fondation sous l’influence de bandes criminelles organisée, dont la plus puissante est aussi la plus ancienne : la brigade Spinelli. La dynastie à son sommet cependant doit se défendre contre plusieurs adversités. Un procès menaçant d’envoyer deux fils de la cheffe en prison, tandis que des trahisons et des ambitions dangereuse au sein même de ses rangs sèment le trouble.

Mais la menace la plus redoutable demeure la plus insidieuse : cette étrange araignée qui tisse sa toile fatale. La Voyageuse doit découvrir ce qui est à l’œuvre pour ne pas en devenir la marionnette.

🌆 Mots-clefs

  • Une relecture des genres du film noir et de gangsters
  • Roman choral
  • Malédiction
  • Enquête
  • Enfers
  • Crime organisé
  • Secrets de famille (mafieuse)
  • Trahison
  • Rédemption

📖 Incipit

Pour lire (version du 8 juin 2026)…

Entrée vivante dans le monde des morts, la Voyageuse restait libre. Les lois des défunts ne s’appliqueraient pas à elle ! Elle refusait la prétendue fatalité, susurrée sans voix, à l’arrière de son esprit. Elle arpentait une nouvelle fois la partie supérieure de la Colline Creuse, un lacis de chemins brumeux, éphémères et changeants. Parviendrait-elle cette fois à trouver une issue ? Elle la cherchait depuis si longtemps ! Des années, des décennies… des siècles, peut-être ? Elle avait oublié son nom et son passé à la surface, mais pas l’espoir de s’échapper. 

Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Qui t’attend ?

Personne.

Tu n’existes pas.

Les suggestions germaient dans les failles et les fragilités. La Voyageuse avait appris à les distinguer de ses propres intentions. Elle aurait voulu les faire taire, car sa progression réclamait toute son attention. Le dédale engourdissait les sens, jusqu’à ternir les pensées. Il incitait à l’acceptation, à l’abandon face à des forces démesurées. Les tunnels serpentaient dans la pénombre d’un lavis sépia, tiède et oppressant. Presque indiscernables les uns des autres, ils s’opposaient à son départ. Ils prétendaient s’emmêler sans fin.

Non ! Le labyrinthe de la Colline Creuse ouvrait bel et bien sur plusieurs mondes matériels. Certains vivants sauraient même s’y orienter. Ils auraient laissé des signes et des indications. C’était crédible. Ce territoire ne différait pas substantiellement des autres. Quiconque désirait passer devait découvrir les règles. La première s’était rapidement imposée : ne jamais se retourner, sous peine de revenir aussitôt dans les salles centrales. Les tunnels changeaient, ou la Voyageuse les oubliait. Il ne restait plus qu’à recommencer. Mais quelles étaient les autres lois ?

Dans son linceul de soie,

Un songe livide,

Futile et lesté de pain noir !

Le dédale l’incitait à retourner dans les profondeurs. Il ranimait son plus ancien souvenir, déjà troublé, assourdi et presque effacé. Une brève image. Seul un fou pénètre un tumulus et participe au banquet des morts. Elle aurait provoqué son malheur ; son sort serait dès lors scellé. Plus jamais elle ne repartirait.

Non !  Ce voyage n’était pas un accident. Revêtue de son “linceul”, elle habitait la preuve de sa volonté. Son expérience de l’inframonde lui permettaient d’inférer ses origines : elle avait acquis la toile de soie d’araignée géante auprès de mercantes ; elle l’avait ensuite elle-même taillée et cousue ; tous ses autres effets personnels s’étaient dissipés en même temps que son identité. Son linceul cependant avait protégé le sentiment de sa continuité et ses connaissances. 

Te soumettre en lucidité te libèrera avec dignité,

Rejoins le fil de l’eau !

Les eaux suintaient des parois. Si on les suivait, les ruissellements menaient au fleuve de l’oubli, le Léthé. Il coulerait sans bruit jusqu’à une mer primordiale, promesse d’une délivrance par l’effacement. La Voyageuse ne se souvenaient que de deux catégories d’êtres : ceux qui demeuraient dans les Enfers, et ceux qui s’abandonnaient de plein gré aux flots.

Non ! C’était faux ! La preuve, Turmsaïtas connaissait des passages. Un tel être ne demeurerait pas prisonnier. Il l’avait libérée des illusions de Dité. Ce n’était pas pour l’abandonner à celles d’un vain périple ! D’ailleurs, la brume devenait moins dense, tandis que des racines poussaient sur les parois. Une sortie serait-elle proche ?

Par ici !

Quoi ? Une intuition puissante la guidait vers des couloirs moins sombres. Le chemin devenait évident. Elle n’hésitait plus. Il lui semblait suivre un fil invisible. Où menait-il ? Qu’était-il ? Son avancée devenait si facile qu’elle aurait pu courir ! Pourquoi ? Quelle importance ! Jamais elle n’était parvenue si près de l’extérieur !

Regarde !

Où ? Un halo l’attira. Une ouverture ? La Voyageuse s’approcha. La clarté devenait plus vive, l’air fraichissait, la brume avait disparu, les couleurs s’affirmaient, le toucher s’aiguisait ! Elle atteignait le terme de son errance ! À mesure qu’elle s’avançait vers l’orée lumineuse, les concepts et les mots d’une société inconnue bourdonnaient autour d’elle, l’imprimant d’images, de fragments, d’expressions et d’évidences.

La Voyageuse se tenait sur un seuil. Après le crépuscule perpétuel, l’ouverture l’éblouissait. Il lui suffirait d’un pas pour quitter la pénombre. Elle serait enfin libre ! Pourtant, une infime sensation déplaisante la retenait. Elle hésitait. Sans l’influence lénifiante des brumes, elle percevait… une gêne… une sensation si infime qu’elle peinait à se concentrer dessus. Elle lui évoquait un fil d’araignée, qui se tendait, comme placé en travers du passage. Si elle continuait, il se collerait à elle. Cette idée la perturbait, au point de l’inciter à reculer.

Que faire ? Elle avait appris l’importance de ses alarmes. Quelque chose l’aurait appelé ici ? À quelle fin ? La Voyageuse l’ignorait. Mais si elle rebroussait chemin, elle perdrait à jamais cette sortie ! L’aurait-elle d’ailleurs jamais trouvée sans cette étrange intuition ? Comment s’orienter dans la Colline Creuse alors qu’elle en ignorait toujours les lois ? Au contraire, si la Voyageuse franchissait le portail, elle reprendrait consistance. Elle reverrait le soleil, le vent et le ciel étoilé ! Elle sentirait les odeurs, elle entendrait la musique ! Elle vivrait ! Elle avait besoin de s’incarner pour exister véritablement. Comment renoncer à ses espoirs au nom d’un vague malaise ? Au risque de revenir dans les tunnels pour y errer sans fin ? Non !

La Voyageuse franchit le seuil.

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