En ce mois de janvier 2026, j’ai trouvé une nouvelle sources de pistes d’inspiration sur la manipulation du temps. Il est question de méta-opérations quantiques et de distinguer la causalité de la flèche du temps.
Sans surprise, j’ai dû relire l’article plus d’une fois, surligner, copier, aller lentement, pour commencer à avoir l’impression de comprendre. J’espère que cette synthèse sera claire !
Cette fois-ci j’ai placé les applications (idées, inspirations, pistes, pour le jeu de rôle, du roman ou des aventures dont vous êtes le héros…) en encadré avec un fond vert bien distinct. Le but est de faire le lien entre le concept et une ou plusieurs applications envisageables.
La matière première est plutôt technique, mais j’ai l’impression qu’on peut en faire beaucoup de choses intéressantes !
📖D’autres articles de la série sur le temps !
Références : les articles sur le temps mêlent des synthèses issues de toutes mes lectures et visionnages de fiction, entremêlées d’analyses et de propositions pour donner plus de consistance à certains modèles qui me paraissaient peu convaincants. Ci-après les œuvres principales citées.
- « “Nous avons créé un chat de Schrödinger causal”. Entretien avec Hippolyte Dourdent » in Pour la Science n°579, janvier 2026, p.20-26. (et sur le site )
Sommaire
- 🔷Les problèmes historiques du temps
- 🔷Penser la causalité
- En conclusion ?
📍 Les analyses d’œuvres incluent toujours des éléments sur leur contenu. Si vous craignez d’être divulgâché, vous pouvez utiliser les titres des paragraphes pour vous faire une idée de leur thème.

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🔷Les problèmes historiques du temps
Les problèmes historiques, en particulier liés à l’entropie, ont été déjà abordés dans des articles précédents de la série. Je vous les remets parce qu’ils m’inspirent une piste de mise en scène dramatique, et parce que je trouve les passages de l’article clairs. Dans des sujets aussi obscurs pour les non-spécialistes (dont je fais partie), des reformulations peuvent être utiles pour enfin comprendre tel ou tel concept !
■L’insuffisance de l’entropie
« Il y a une asymétrie entre le passé dont nous nous souvenons et sur lequel nous ne pouvons pas influer et le futur que nous ne connaissons pas mais sur lequel on peut a priori agir. » Ceci pose problème avec les équations de la physique classique, qui sont symétriques par inversion du temps t. Les lois sur l’entropie avec ses processus irréversibles offrent une piste pour décrire la flèche du temps, mais « [appliquées] à l’Univers de sa globalité, on rencontre de nouveaux soucis ». « La flèche du temps peut aussi désigner le “principe de causalité” où “la cause précède toujours l’effet”. »
🐭 ● Et si on fabriquait le temps passé en fonction du futur ?
Des individus sont rassemblés dans une pièce blanche, sorte de salle de contrôle. Ils ont des compétences techniques, mais pas de souvenirs. En entrant ici, ils sont suspendus.
Les documents de la salle révèlent des programmes de futurs, assortis d’une liste de réglages à mener pour créer un passé apte à aller dans la direction visée. L’état réel du monde (le présent) n’est nulle part décrit, mais peut se déduire des requêtes de transformation du passé.
Les opérateurs le savent, il ne devrait exister qu’une seule voie possible. Au lieu de cela, il y en a autant que d’opérateurs. Une fois le sas refermé derrière eux, aucune communication n’est possible avec l’extérieur. Impossible de savoir si ces trop nombreux plans sont issus de leurs propres projets (à accorder avec leurs compétences) ou s’ils ont été déposés par d’autres personnes, malintentionnées, pour pervertir le processus.
Les opérateurs savent également qu’ils reprendront le cours de leurs vies après la modification du cours du temps et qu’ils auront donc à vivre avec les conséquences de leurs décisions.
Un compte à rebours apparait. Aucune information n’indique ce qui se déroulera à son terme.
On ne peut expulser personne, mais le meurtre est possible. Les violences cependant provoquent des contrecoups chaotiques et inquiétants sur l’environnement de la salle de contrôle. Ou bien : celui qui s’engage dans une tentative de meurtre déclenche un chaos, perd conscience et se réveille seul, entouré de cadavres.
Il n’y a pas de bonne réponse absolue et parfaite. De fait, les réglages de changement du passé sont difficiles sans connaissance de celui-ci. Les tentatives visant à le modifier dépendent aussi des croyances sur le passé. Tous les programmes proposés pourraient être faux. Ainsi une abolition du patriarcat dès sa supposée apparition lors d’une mythique transition entre le Néolithique et l’Âge du Bronze. Changer le passé en s’appuyant sur des mythes assurés plutôt qu’une science imparfaite conduit à tenter de créer des futurs chimériques : on ne peut changer ce qui n’a jamais eu lieu.
⫸ Une murder party : seul l’organisateur connait les historiques secrets des personnages. La « chute » en épilogue implique des découvertes : par exemple untel découvre qu’il était milliardaire et qu’il a opté pour un monde dans lequel il n’a plus rien.
⫸ Un roman dans les Enfers : le prologue et l’épilogue pour entrer et quitter ce domaine. Les annexes présentent les fiches d’identification des personnages et des données historiques. Le « roman » s’arrête sur un opérateur sur le point de choisir et « Quel est votre choix ? »
⫸ Une ADVEH (aventure dont vous êtes le héros) pourrait être adaptée à l’enquête sur soi-même. On pourrait aussi la concevoir avec quatre profil (démarrer en paragraphe 1, 2, 3 ou 4), de sorte selon la combinaison entre le profil, les dossiers et les décisions, les issues sont différentes.
■Les questions posées par le principe d’incertitude d’Heisenberg
« L’idée selon laquelle en connaissant précisément le présent, on peut prédire le futur ne tient plus, du fait de son principe d’indétermination (aussi nommé principe d’incertitude). »
« Les partisans de l’école de Copenhague, qui adoptent ce même point de vue, aiment dire qu’ils ont abandonné le principe de causalité, car ils ont mis de côté le but absolu de donner des relations de cause à effet aux phénomènes qu’ils observent. La philosophe néo-kantienne Grete Herman, qui a grandement clarifié les points de vue des physiciens de l’école de Copenhague, écrivait qu’au fond ils souhaitent tuer le démon de Laplace – cette entité hypothétique qui, connaissant l’entièreté de l’état du monde actuel, serait capable de prédire avec précision le futur. […] Selon Hermann, la mécanique quantique n’a pas transgressé le principe de causalité, mais l’a affiné, le purifiant de l’hypothèse selon laquelle nous pouvons connaitre le présent avec précision. »
🔷Penser la causalité
« Alice fait une expérience dans son laboratoire et Bob en fait une autre dans le sien. Ces deux expériences sont uniques, elles n’ont lieu qu’une seule fois, et on cherche à comprendre comment elles peuvent être liées causalement.
- Causalement indépendant. Il y a la situation dans laquelle leur expériences ne sont pas reliées par une communication.
- Causalement dépendant. Il y a aussi le cas où, après avoir fait sa mesure, Alice envoie un photon à Bob qui effectue à son tour son expérience. Elle lui communique donc de l’information qui peut l’influencer.
- Dans ce cas, Bob ne peut pas envoyer d’information à Alice, qui influerait sur son expérience à elle, car elle est dans son passé.
En théorie quantique standard, l’ordre causal est bien déterminé.
■Contrôle quantique et intrication
On procède comme dans le cas du chat de Schrödinger :
- « Chat vivant » ⇔ atome excité ⇔ « Alice envoie à Bob » : une particule quantique est intriquée à cet état
- « Chat mort » ⇔ atome au repos ⇔ « Bob envoie à Alice » : une particule quantique est intriquée à cet état
Tant qu’on observe aucun des deux états cas, l’état formé par le couple « particule/fait » est indéterminé et inséparable.
- Le chat est vivant et mort à la fois ;
- L’atome est excité et au repos ;
- Alice a envoyé l’information à Bob + Bob a envoyé l’information à Alice
On parle plutôt de « contrôle quantique » que « d’intrication » : quand les ordres causaux interfèrent, on parle d’interrupteur quantique, ou quantum switch. C’est l’exemple le plus simple de ce qu’on nomme la « causalité indéterminée » ou « ordres causaux indéfinis ».
■Passer aux méta-opérations
Pour dépasser le cadre causale du calcul quantique standard, l’idée est de développer un calcul quantique d’ordre supérieur. « Dans ce paradigme, l’entrée du calcul n’est plus constituée de simples qubits, mais d’opérations elles-mêmes. Le calcul consiste à appliquer une métaopération (ou superopération), c’est-à-dire une opération agissant directement sur d’autres opérations. »
« Au lieu de faire passer votre qubit par une porte logique A puis par une porte logique B, ou par la porte B puis la porte A, […] le quantum switch [consiste] à mettre ces ordre de passage en superposition : l’état d’un qubit [contrôle] de façon quantique l’ordre de passage d’un autre qubit « cible » à travers les portes A et B. »
🐭■ Une sorte d’indétermination au carré ? (ou distributive ?)
Entre vie et mort
On considère ici que l’intrication quantique permet d’être vivant et mort à la fois (donc dans le monde macroscopique, avec un renfort de magie). Ce serait l’équivalent en jeu d’un {jet de sauvegarde de type « save or die » masqué} : la créature concernée disparait, elle est suspendue dans un entre deux. On ignore ce qui lui est arrivé. Quand l’état de suspension s’arrête, et qu’elle redevient « visible », elle devient morte ou vivante.
⫸ Les jets de dés sont retenus durant toute la période que dure l’indétermination : la créature ciblée est invisible. Si toutefois l’indétermination prolongée est assortie d’aides (bonus, aides susceptibles d’infléchir le jet dans un sens, etc.), alors la révélation de l’état n’est plus simplement un déplacement du problème dans le temps, mais un « retarder la résolution pour la préparer et la réussir ».
Choisir le futur le plus favorable ?
La causalité (et donc l’ordre des actions, et donc le temps) ressemble à une mise au carré de l’indétermination spatiale et d’état : une méta dimension de l’information qui englobe les dimensions spatiales (qui peuvent être dédoublées) et la simple flèche du temps.
Le contrôle quantique ressemble à un lecteur d’aventure dont vous êtes le héros qui garde un marque-page sur un choix important, et se laisse le loisir après quelques actions, de vérifier si l’autre chemin lui plait davantage.
⫸ Cela revient à jouer deux parcours (avec jets de dés fixés), et choisir son préféré.
⫸ Ou bien jouer une première fois, fixer les dés lancés, et pouvoir rejouer en gardant les dés, mais en changeant des actions.
■ Recherches en cours
● Passer de l’abstraction mathématique à la réalité physique
Il y a une différence entre les abstractions mathématiques et la réalité physique : on ne sait pas toujours avec certitude si une possibilité (résolution d’une équation par exemple) se traduit dans la réalité. En l’état, par exemple, on ignore si le processus de Lugano est réalisable physiquement.
En vue : le développement d’une théorie quantique d’ordre supérieur, qui permettrait d’aller plus loin, en manipulant la causalité.
●Le concept d’ordinateur sans structure causale
Après l’ordinateur classique et l’ordinateur quantique (pas encore fonctionnel, mais il bénéficie de recherches richement dotées), l’ordinateur sans structure causale ? L’idée a été proposée en 2005 par Lucien Hardy, mais avant d’y parvenir, le chemin est long ! Il demeure que pour la science-fiction, c’est un élément de contexte qui peut être intéressant à développer!
■Modifier le passé sans créer de paradoxe temporel
Les paradoxes temporels sont un des problèmes les plus évidents de la manipulation du temps. L’état de la recherche sur les inégalités causales laisse entrevoir des possibilités d’influer sur le passé sans nécessairement causer de paradoxes temporels. Les pistes de réflexion abordées dans l’article évoquent :
- La boucle de Gödel : une analyse des équations d’Einstein aboutissant à un modèle cosmologique avec des trajectoires spatiotemporelles qui permettent de retourner à son point de départ, avec des boucles causales.
- Le principe de cohérence d’Igor Novikov : il est impossible de créer un paradoxe, mais pas de voyager dans le temps
- Les mondes multiples d’Everett et le modèle de David Deutsch : changer le passé se fait avec des univers multiples, mais en enfreignant des principes importants (clonage de l’information quantique et distinction en une mesure d’un état superposé et les états qui le composent)
Sur Wikipédia, l’article sur les boucles causales en aborde certains, avec des liens vers plus de détails.
🐭■ Le temps cristallisé
J’avais utilisé cette lecture pour le projet « L’oracle de la 10e planète », qui se nourrit de la novella de Lovecraft Dans l’abîme du temps.
L’information temporelle est gelée ou cristallisée. Il reste des phases liquides dans lesquelles agir librement. En revanche, toute tentative d’agir contre la partie solide du temps conduit à l’échec, voire à la destruction.
On peut restaurer la liberté d’action à condition de mettre fin à ce cristal temporel, mais ce faisant, on perd aussi toute possibilité d’explorer le temps par l’intermédiaire de ses interstices. Le souvenir de la connaissance du futur, au moment de détruire le cristal, donne accès à des potentialités fortes, mais plus à des certitudes.
🐭■ La génération de l’autre monde
Ici, le saut dans le passé crée un nouveau monde B.
⫸ Il revivifie l’information gelée, celle d’un état du passé de A.
⫸ Le présent du monde B évolue désormais en même temps que A, à ceci près que le présent de B ressemble au passé de A ; et que A ressemble à un futur possible de B. Il pourrait ainsi exister 100 ans d’écart entre les deux réalités.
⫸ Plus on revient loin dans le passé, plus l’énergie consommée est importante. Dans un cas extrême, on pourrait imaginer de souffler une étoile dans le monde A pour revenir loin dans le monde B. Le retour dans le passé impliquerait des pertes massives dans A. Un peu comme un joueur de jeu vidéo qui n’aurait pas assez de place dans sa sauvegarde pour garder les deux mondes.
⫸ Si les deux mondes sont encore assez proches, on pourrait imaginer une migration du monde A vers B. Les arrivants auraient sans doute un certains complexe de supériorité par rapport aux populations du « passé ».
⫸ On pourrait aussi imaginer que les migrants de A vers B ont cru détruire complètement le monde A pour en partir, et se retrouvent confrontés à des survivants de B, très mécontents et désireux d’arrêter ces criminels contre l’humanité, qui passent pourtant pour des prophètes généreux dans l’univers A.
En conclusion ?
Je constate que je suis sur la question du temps depuis septembre 2025! Cela faisait longtemps qu’il me préoccupait et que j’étais insatisfaite des moyens de le mettre en scène en fiction. Il touche de près à la question du libre arbitre, tout en interrogeant la nature de notre réalité.
Suite de ces recherches dans de futurs articles de cette série ! Et, qui sait, un jour peut-être, sous la forme d’une œuvre « finie » (et pas juste d’une rapide esquisse sur un coin de clavier) !
🔍 Pour poursuivre votre visite en documentation
A suivre ! ✨


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