Légendes insulaires en Artland et dérives des idées

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L’idée de l’article de ce jour m’est venue en faisant le bilan d’une après-midi de documentation, avec début de lecture du numéro de novembre de la revue d’Archéologia. Je n’ai fait que passer en revue les actualités et les brèves, autant dire des informations qui ne sont a priori pas très développées. Dans l’exploitation de ce type de ressource, les dérives par association d’idées s’avèrent importantes et disent beaucoup d’un cheminement aléatoire, qui donnent l’impression (à tort) d’une intention a posteriori.

Cet article explicite le cheminement entre « presque rien » et « à quoi ça ressemble en presque quelque chose ».

Ci-après des liens pour en savoir plus sur FIM en général et Artland en particulier, le cadre d’application de ces créations. Un autre exemple d’écriture à partir d’une brève est disponible dans le scénario « Un tombeau pour deux« .

  1. Les faits
  2. Et qu’en faire ?

L’univers FIM

FIM (ou Fortuna Imperatrix Mundi) désigne l’ensemble de mes créations, recouvrant d’une part un univers, et d’autre part un système. Cette page vous donne les clefs pour vous familiariser avec lui.

FIM – Artland

Artland est un cadre fictif inspiré du 19e siècle, avec une orientation enquête & ambiance. Il s’intègre dans le vaste ensemble « FIM ».

Un tombeau pour deux 1.1

Vous l’attendiez, le voici ! En avant-première pour les abonnés DAutomne, le scénario « Un tombeau pour deux » vous emmène dans le territoire d’Amnânum, d’ambiance « Mummy & Sorcery » 🌴✨

Les références et citations sont tirées de : Archéologia n°636, novembre 2024.

Hormis les citations et les images

Le point de départ des dérives

Tout a commencé par : « L’île d’Yeu à nu », brève in Archéologia n°636, novembre 2024, p. 15. Ce texte signalait que les tempêtes plus violentes accéléraient l’érosion des côtes et avaient révélé plusieurs sites sur l’île d’Yeu, dont des mégalithes et un cimetière de naufragés.

Le cadre le plus proche, dans mes réserves de civilisation en développement permanent, et nommé « Archipel de Kell ». J’ai donc ouvert mon fichier de travail « Artland », et me suis rendue dans la section relative aux régions. J’ai vérifié ce qui était écrit, et constaté qu’il s’agissait surtout de vieilles notes, posant des intentions générales, avec quelques débuts de réflexions.

Cheminement des notes

Premier pas et amorçage de la pensée

Mes premières notes à partir de la brève sont peu étoffées et proches du point de départ.

Cimetières de naufragés

Les côtes accueillent des cimetières de naufragés, inhumés sur des sites distincts. L’usage date au moins de la période féodale.

Menhirs et mégalithes

Des pierres dressées structurent les anciens territoires. Elles signalent des frontières, la protection des ancêtres, bordent les lieux de grands rassemblements civiles et religieux.

J’ai élargi le cas des cimetières de naufragés et appuyé sur leur inhumation distincte; j’ai également esquissé un début historique à la pratique. De même pour les mégalithes, je les ai intégrés dans le fonctionnement des sociétés au quotidien, et évité de les limiter au registre « mystérieux et sacré ».

Dans le doute, c’est sûrement rituel…

De fait, c’est presque une plaisanterie en archéologie : si on ne connait pas l’usage d’un objet, la tentation est forte de lui attribuer une fonction rituelle.

On pourrait penser que ce problème se produit dans les univers « médiévaux fantastiques ». Ainsi, tel soi-disant artefact certainement associé à un grand pouvoir pourrait n’être qu’un objet anodin du quotidien, une pièce détachée d’outil ou un jouet. Une telle chute est à réserver à des scénarios à orientation satirique ou au minimum humoristique.

Une fois que j’avais la tête dans l’Archipel de Kell, il devenait plus facile d’y associer des images : côte sauvage, récifs, naufrages, mer, marée, flamme agitée aux vents… et tout l’imaginaire (films, séries, tableaux, etc.) est alors activé.

Une capsule temporelle

Une autre brève m’a fait réagir, mais cette fois aucun lien avec la mer. Il s’agissait juste de fouilles associées à une capsule temporelle (pour savoir ce dont il s’agit).

Le parcours de raisonnement, si je le reconstitue, ressemble sensiblement à :

Voici le texte qui en a résulté.

La caverne des mémoires (site : Heilihelli)

Une tradition de lien aux défunts

Heilihelli est un remarquable ensemble de cavernes marines, inondées régulièrement à marée haute. Le site est considéré comme sacré, et un lieu privilégié pour communiquer avec l’inframonde. L’usage s’était développé d’y déposer des lettres, scellées dans des bouteilles en verre, ou dans des jarres de céramique, pour s’adresser aux défunts, ou à des êtres de l’autre monde.

L’élaboration d’un nouveau rituel de passage

Plus récemment, un nouvel usage s’est développé. Les dépôts de lettres scellées dans des contenants hermétiques s’adressent, non aux êtres passés, mais à ceux du futur. Ce sont des capsules temporelles, des adresses aux temps à venir et des souvenirs d’un moment. Des dates d’ouverture souhaitées sont signalées sur la jarre elle-même ou des étiquettes (censément résistantes aux éléments).
Les dépôts de ces courriers au futur deviennent une tradition, un rituel de passage, par exemple associé à l’entrée dans l’âge adulte. Pour retrouver à coup sûr ces offrandes aux temps à venir, elles sont installées en des lieux moins périlleux, et parfois en surface. Une sorte de « cimetière du présent » apparait, avec de petites pierres tombales portant la date du dépôt et celle prévue pour la réouverture. Les participants se donnent ainsi parfois rendez-vous des années à l’avance pour méditer sur leurs rêves de jeunesse et la réalité de leur vie.

Sur le plan de la construction, on retrouve les impressions esthétiques, et des orientations conscientes :

Pour le sens des mythes pour leur société, cela vaut la peine de faire un détour par les livres de Jean-Loïc Le Quellec

Bibliographie en mythologie comparée

Cet article présente des ressources en mythologie comparée et pour mieux comprendre les mythologies contemporaines qui sont très présentes dans la fantasy et la science-fiction.

Aux éléments intentionnels visant l’utilité en jeu et un peu de consistance sociologique, se sont ajoutées des images par association d’idées, donc le « cimetière du présent », avec un parcours de type :

Les épaves

Dans la suite du feuillage, j’ai croisé le chemin d’une brève sur des dégradations sur l’épave du Titanic. Devant mon écran et avec mon magazine, j’étais un peu soupirante : « les épaves, c’est chouette, mais pas tant que ça, parce que j’ai surtout envie de les voir dans un état proche de l’origine, et pas complètement enterré dans la vase« . Or cela implique de visiter le rêve d’une épave, et pas sa réalité.

Or, je venais juste d’être aux lisières de l’inframonde avec les grottes marines. Il n’y avais plus beaucoup à dériver pour arriver à …

Les épaves meurtrières

Les épaves de vaisseaux ayant connu la mort de plusieurs personnes à bord sont considérées comme des lieux devenus dangereusement sacrés, et ils appartiennent à l’autre monde. Leur approche ne doit se faire qu’en cas de nécessité, dans la prudence et le respect.

Le développement du matériel de plongée permet désormais d’explorer ces sites au moins en scaphandre, au risque de profanations et de pillage. De fait, la tentation de s’enrichir de la sorte a toujours existé, mais elle était limitée à des épaves proches du rivage. Il est possible d’aller bien plus loin désormais.

Outre les courants, les explorateurs sont exposés également à des accidents surnaturels : les épaves meurtrières sont des lieux de passage entre les mondes matériel et spirituel.

En conclusion, les textes se nourrissent…

  • Des cadres préexistants disponibles (ici, l’Archipel de Kell, mais aussi les possibilités de l’inframonde et un terreau de fréquentation des mythes)
  • Du hasard (ici, la composition des brèves dans le magazine)
  • Du contexte dans lequel on prend des notes (ici, la succession des textes a été influencée par le cimetière de naufragés, et sans lui, le déclic des suivants n’aurait sans doute pas eu lieu)
  • De la méthode qu’on s’impose (s’assurer au maximum de la présence d’éléments utilisables en jeu, et incarner les sociétés dans leur quotidien)
Ryugu Sea Cave in Simoda, Shizuoka prefecture, Japan – par Batholith, le 10 octobre 2012 – via Wikimedia Commons

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