Tout en travaillant sur l’ensemble « In-Existence », je cherche à mieux connaitre le panorama éditorial actuel, depuis les plateformes d’écriture jusqu’aux phénomènes de vente massive. J’essaie de combiner une recherche aléatoire (ouvrages pris au hasard à la bibliothèque par exemple) et plus ciblée une fois qu’un aspect attire mon attention.
Cet été, à un petit mois d’intervalle, je me suis interrogé sur deux œuvres lues et leur fin. Elles me paraissaient trop « faciles » et finalement décevantes au regard de mon enthousiasme en débutant la lecture. Toutes les fins attendues du fait du genre ne sont pas problématiques : dans une romance, il faut un happy end pour le couple, et dans un polar de type whodunit (définition sur Wikipédia) on veut connaitre le fin mot du mystère. Ce sont des issues qui ne me dérangent pas. Alors… pourquoi cette impression lancinante d’insatisfaction sur un dernier tiers de livre quand tout le reste se présentait bien ?
Pour y répondre, je présente l’ouvrage qui m’a ainsi tourmentée (oui ! j’étais vraiment embêtée en le refermant), et une réflexion plus large que j’en retire, applicable en roman comme en jeu de rôle.
Sommaire
- 📝Journal d’écriture
- 📘🍵 Déclic lecture : Les Facétieuses, par Clémentine Beauvais, éditions Sarbacane, 2022
- 🔷 Un complot peut TOUT expliquer
- 🎃En conclusion ?
📍 Les analyses d’œuvres incluent toujours des éléments sur leur contenu. Si vous craignez d’être divulgâché, vous pouvez utiliser les titres des paragraphes pour vous faire une idée de leur thème.

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📝Journal d’écriture
■ Sur le texte même d’In-Existence
Je suis engagée dans une phase qui mêle avancement, retouches et reprises brutales, le tout sur les quatre séries.
A – La toile de la malédiction. Il s’agit surtout d’affinage, et de passage sur Antidote, mais il y a aussi des réécritures lourdes, notamment de deux chapitres donnant à voir le pouvoir d’Eufemia Spinelli sur l’économie (aux lisières de la légalité) et sur la politique locale. J’avais la sensation de ne pas traduire de manière assez compréhensible les enjeux dans ces domaines. Les mafias se caractérisent par une corruption du tissu légal, visible de la société, un travail de sape qui fausse les règles du jeu pour tous, mais sans crise apparente. En connaissant le sujet, on pouvait saisir de quoi je parlais, mais je gage que la plupart des gens n’ont pas des études sur le crime organisé comme livre de chevet. Je voulais donc que ce soit d’une certaine manière plus « incarné », intuitif, sans besoin d’un cours magistral à côté. Les versions à jour sont disponibles sur Inkitt. Je n’ai pas encore programmé la publication de la fin de la première partie, car je réfléchis à des aspects relatifs à la soirée de Lucia qui me paraissent pouvoir gagner en efficacité.
Note positive : Moïra, qui connaissait des versions antérieures, estime le début plus efficace et convaincant, avec plus de liant et une intuition plus claire des aspects essentiels de l’intrigue.
📌 Si vous cherchez des livres sur la criminalité pour votre table de chevet…
B – L’emprise de l’ogre. En août 2024, j’étais heureuse de dire que j’avais terminé le livre. Je reviens désormais dessus pour réécrire l’essentiel du début. Les événements sont les mêmes, les informations sont les mêmes, mais je vise : (1) un démarrage plus prenant, moins contemplatif ; (2) une meilleure compréhension des dangers qui menacent Lastôr ; (3) une clarification de la présence de Vanik, dont on pouvait se demander « mais qu’est-ce qu’il vient faire dans cette galère ? » tant son lien avec l’arche narrative principale était faible ; (4) un découpage plus propre en parties (incipits et excipits se répondant) ; (5) faire ressentir davantage le pouvoir de Maxim Arakel Lastôr (même démarche que pour Eufemia Spinelli) ; (6) rendre plus accessible le point de vue de Lastôr, mais sans perdre pour autant les doutes de Lilyan Meirse qui l’accompagne au plus près depuis des années, et l’équilibre est délicat ; (7) mieux utiliser les codes du thriller et tout ce qui se passe dans l’asile psychiatrique de Blakova.
La relectrice Moïra me signalait d’ailleurs que la lecture n’était en l’état intéressante pour elle que pour éclairer les autres événements. Le but est d’arriver à un ouvrage qui se lit pour lui-même et qui peut se suffire à lui-même (autonomie).
📌 Pour vous faire une idée du cheminement pour en arriver là, un aperçu des épisodes précédents
C – Le puits des âmes. Son incipit est passé en relecture sur CoCyclics. Bilan : démarrage prenant car mystérieux, mais justement tellement qu’il en devient hermétique par endroit, voire donne l’impression d’une hésitation entre donner de l’info et la retenir. C’est vraiment ce retour là qui a été le plus déterminant. La relectrice avait précisément nommé une sensation que j’avais en écrivant. Je me rends compte sur la durée qu’à chaque fois que j’ai un doute sur un texte, il n’y a pas de doute : le problème est vraiment là. Cela passe au cours de l’écriture par des sensations un peu floues, des questions à l’arrière de mon esprit, de type « c’est pas un peu longuet ? » ou « est-ce qu’on sent vraiment le pouvoir ? » et beaucoup d’autres encore.
Aspect positif : si je m’écoute davantage, et mieux, je suis capable de repérer davantage de faiblesses, et les traiter avant de soumettre le texte à des relecteurs. C’est important car ces êtres précieux sont rares et leur temps est précieux. Ce serait trop bête de se retrouver avec des conclusions « oui, bon, je le savais, mais j’espérais que ça passe, et en fait non, donc je reprends« . Il faut donc présenter des textes aussi propres que possible, ou si je ne trouve pas de solution, poser directement la question, pour orienter l’aide vers la résolution, et pas juste la découverte du souci.
Autre leçon : j’utilise des « notes de fin » au terme de chaque chapitre pour suivre le fil de mes versions (dates, motivation de la reprise, etc.). Si vraiment je bute, il y a toujours le joker de me laisser une note sur la sensation d’insatisfaction qui me reste, et me faciliter le travail de relecture-reprise à froid par la suite.
Point positif également : Moïra a lu pour le moment l’essentiel des textes disponibles sur cette série et elle a adhéré aux problématiques relatives à Océan et Irdem, deux personnages secondaires en première partie, et qui passent au premier plan en deuxième partie. J’étais un peu incertaine de l’effet sur le lectorat, tout en me sentant plutôt « bien » sur les chapitres concernés.
Remarque : c’est accidentel, ou du moins involontaire, mais ça semble être une série « young adult » 😅😂
D – Le bord du monde. La série qui m’aura fait le plus suer ! Et ce n’est pas fini ! Mais j’ai quand même bon espoir d’arriver à une unité efficace. J’arrive à la fin du JOUR 5 et l’écriture m’a permis de développer des aspects qui me servent sur A et B. C’était le but : un travail de fond sur l’arrière-plan et les événements hors champ pour clarifier, renforcer, préparer des développements sur les axes historiquement « centraux ».
■ Pendant ce temps, dans les profondeurs d’Inkitt…
L’algorithme facilite la présentation des ouvrages en cours d’écriture sur les pages d’accueil. Résultat : je vois passer mes couvertures, et j’ai des notifications de « XXX a mis YYY dans une liste de lecture ». En pratique, le fonctionnement incite à charger les listes de lecture pour retrouver un texte plus tard, donc cette information dit uniquement « XXX a vu YYY, et le pitch a suffisamment suscité sa curiosité pour que XXX le mette de côté ».
La plateforme enregistre à peu près tout : le nombre de chapitres lus, de commentaires posés, d’avis rédigés… C’est pratique pour savoir si quelqu’un est juste lecteur, ou si c’est un auteur qui met un « j’aime » sans lire, dans l’espoir d’être lu (tactique vue sur Wattpad, mais la plateforme trace moins de détails publiquement, de sorte que ça n’y est pas aussi flagrant).
Toujours au gré des lectures aléatoires, j’ai un peu échangé avec une autrice de dark romance, plutôt prolifique à en juger par sa liste d’ouvrages disponibles. Elle a également reçu de bons signaux sur l’une de ses œuvres précédentes, et se trouve donc en sélection possible pour le versant éditorial « Galatea » associé à Inkitt.
■ Pendant ce temps, dans les profondeurs de Wattpad…
Par ici, tout est très calme, et comme la plateforme Inkitt est plus confortable, j’ai tendance à la favoriser. Les échanges avec Lady S sont toujours agréables, et c’est l’occasion de voir un texte en création, avec ses doutes, ses reprises, ses évolutions stylistiques et ses recherches. Ce n’est pas le même plaisir qu’être dans son lit avec un bon roman tout prêt, mais c’est vivant, et les coulisses de création m’intéressent souvent davantage que le résultat final.
📘🍵 Déclic lecture : Les Facétieuses, par Clémentine Beauvais, éditions Sarbacane, 2022
■ Pourquoi cette approche de la lecture ?
⚡ Avant de débuter mes réflexions, je tiens à préciser que l’ouvrage se lit bien, avec un style très fluide, vif, pimpant, et qu’il y a authentiquement matière à passer un très bon moment avec lui !
Le premier chapitre est disponible sur le site de l’éditeur ; il vous permettra de découvrir le style (vivant et expressif) de l’autrice. Pour ma sensibilité, c’était le chapitre le plus drôle de l’ensemble de l’ouvrage, mais des trouvailles humoristiques parcellent le livre.
🎃 Ici, la démarche diffère de la simple lecture plaisir. C’est à dire que je lis puis examine le texte à l’envers, de la fin vers le début, et à ensuite j’essaie de décortiquer les émotions que le texte m’inspire (positives, négatives ou mitigées), en tâchant d’expliciter d’où elles me viennent sur le plan technique. Cette orientation critique est motivée par la volonté d’amélioration de mes propres outils de relecture, sur mes propres textes. Il est très difficile de s’évaluer soi-même, d’où l’importance de disposer de procédures qui permettent de passer en revue des aspects qu’on ne verrait pas spontanément.
📌 De précédents articles abordant ces questions
■ L’intrigue, en bref
Une autrice jeunesse en difficulté se voit proposer de travailler sur Louis XVII. Ce nom lui donne une révélation pour un nouveau roman, visant à écrire sur la marraine féerique inefficace du prince abandonné. Dans cette uchronie, les marraines étaient des humaines nobles formées à la magie pour protéger les enfants nobles, et particulièrement les princes, et en cela étaient les garantes des inégalités. (Remarque : vu le taux de mortalité entre le règne de Louis XIV et de Louis XVI au sein même de la famille royale, on peut douter de leur efficacité ; le roman d’ailleurs efface totalement les deux autres enfants de Marie-Antoinette de l’histoire de France)
En réalité, cette proposition d’emploi est un complot de la part de Delphine, la belle-mère et marraine de la narratrice, pour (1) l’attirer vers les marraines ; (2) lui donner un sujet pour un livre (en imaginant donc le sujet de l’ouvrage et sa méthode d’écriture bien avant que la narratrice ne commence à y songer).
La narratrice, horrifiée, découvre que les inégalités du monde sont perpétuées par les marraines et qu’elles empêchent tout changement, ou remise en question. Après s’être brièvement révoltée, la narratrice se dit « en fait, c’est plus compliqué que ça », et adhère au système tout en prétendant qu’elle sera différente, alors qu’elle n’a cessé d’être manipulée.
■ Comment je me suis attachée à un méchant…
La narratrice a un avis tranché sur ses interlocuteurs. L’un d’eux (Stéphane-Laurent de Contremouffe) est lourdement qualifié de fasciste, décrit comme un royaliste rétrograde aux idées rances, antiféministe au dernier degré. Il m’est apparu au contraire, en fin de lecture, comme le seul personnage vraiment positif de l’histoire ! Comment en suis-je arrivée là ? 😱
En y réfléchissant, je me suis rendue compte que tous ses travers allégués étaient pratiquement inexistant dans le texte. Il se montre un peu arrogant et sarcastique dans les dialogues, mais ça reste gentillet. Au contraire, si on considère uniquement ses actions et sa vie, il se distingue par trois grandes qualités qui suscitent pour moi la sympathie.
- Lucidité : il a connaissance du complot des marraines, et résiste tant bien que mal à leur magie, là où les autres personnages masculins (père de la narratrice et son intérêt romantique) sont complètement dominés et soumis, hermétiques à la réalité.
- Tragique : il était ami avec « Delphine », la marionnettiste de l’histoire, et donc trahi ; il a eu connaissance du complot dans sa jeunesse, avant de prendre conscience de son impuissance à agir contre des forces qui le dépassaient.
- Intégrité : bien que honnissant les positions politiques de la narratrice, il l’aide de son mieux au nom de sa quête de vérité et des efforts qu’elle a déjà fournis.
En contraste, les personnages présentés comme « positifs » (gentils, aimés, progressistes…) ne manifestent que des marqueurs superficiels de bonté, de courage ou d’altruisme. Si on considère platement les faits décrits (dialogues, situations), ils ont d’autres caractéristiques plus dérangeantes.
- Aveugles : ils ferment les yeux, ils savent sans savoir, et ça semblent très bien leur convenir.
- Hypocrites : ils prétendent avoir des valeurs humanistes et progressistes, mais sont surtout préoccupés de leur confort et de leur cercle rapproché, tout en mentant et dissimulant souvent ce qu’ils savent ou leurs intentions.
- Malléables : leur volonté est assez faible pour être façonnée, manipulée, modifiée (comme on voit Contremouffe résister, on sait que c’est possible).
Ainsi, le texte réussit pour moi à prêcher explicitement une cause (positionnement moral sans ambiguïté), mais renforcer paradoxalement l’adhésion à la position opposée par le contenu implicite (mais néanmoins bien présent) !
■ Un roman de dystopie féérique ?
L’ambivalence du soutien à la jeunesse. La narratrice explique que sa vocation est d’aider les jeunes à aller au bout de leurs ambitions, or la conclusion de l’histoire tient à :
- Personne ne se fait seul
- Sans protecteur puissant, présent dès l’enfance, on est voué à une existence modeste et sans éclat
- (L’effort est utile aussi, mais parait anecdotique dans l’ensemble de ce roman qui parle avant tout de hasard manipulé)
L’assujettissement arbitraire des hommes. Dans leurs relations amoureuses, les marraines ne se comportent pas différemment que des sorcières selon la définition du 15e – 17e siècle, avec des philtres et des envoûtements qui privent des hommes de leur libre-arbitre. On dépasse largement la question du consentement, puisqu’il y a ici abolition complète du discernement de la victime, sous prétexte qu’elle est aimée ou qu’elle dérange.
Des rôles féminins traditionnels. Les marraines ont des pouvoirs qui influent la volonté, l’espace-temps, la durée des trajets, la météorologie, etc. Elles peuvent les utiliser à des fins personnelles, par simple goût du confort. Les marraines ne se marient pas, et n’ont pas d’enfants elles-mêmes, à quoi s’ajoutent des pouvoirs magiques. Mais leur émancipation apparente ne se traduit pas vraiment dans les faits. Leur monde se limite en effet à :
- Veiller sur des enfants dont elles apprécient les parents (par sympathie ou, plus fréquemment, pour l’argent qu’ils versent) ; elles favorisent la carrière et les ambitions desdits enfants, indépendamment de toute considération morale relative aux actes de ceux-ci une fois adultes ;
- Faire la fête entre copines.
Le complot des marraines ? Le texte développe un complot séculaire des marraines.
- Elles sont responsables de la Révolution française qu’une marraine puissante a manigancée.
- La révolution industrielle et le capitalisme effréné du 19e siècle (période particulièrement violente pour les enfants des ouvriers dans les usines et les mines) a été favorisé et soutenu par les marraines. Les inégalités sociales sont maintenues et encouragées par les marraines au 21e siècle. Elles dirigent depuis derrière le trône, en choisissant à qui donner le pouvoir.
- Elles effacent toutes les preuves de leur complot et font taire ceux qui s’approchent de la vérité.
Le côté dérangeant de la situation apparait sitôt qu’on remplace « fée » par « Illuminati » (ou autre, à votre convenance). On pourrait réécrire le roman, en changeant l’ambiance et la société secrète : des Profonds d’Innsmouth, par exemple. Je ne vois pas comment décrire l’intrigue autrement qu’en parlant d’histoire complotiste aboutissant à la victoire de la secte.
Une « marionnettiste » à l’œuvre. Le roman a une structure complotiste. Tout s’explique par les actions d’une « mastermind », Delphine :
- Métamorphosée pour recruter la narratrice
- Empêchant le couple narratrice-Charles de se former, au prétexte que si la narratrice avait été heureuse en amour et avait fondé une famille, elle n’aurait pu accomplir sa carrière (questionne le progressisme de l’ouvrage sur les rôles au sein du couple)
- Impliquée dans la disparition d’ouvrages qui auraient pu révéler les manigances des marraines
- Oriente les découverte apparemment chanceuses de la narratrice pour la guider, pas à pas, jusqu’au château et l’amener à la révélation « tu l’as toujours su et toujours voulu ».
Une conclusion en statu quo. Durant tout l’ouvrage, la narratrice prône des valeurs progressistes sur le droit pour les enfants d’avoir de l’espoir et des ambitions. Puis elle constat que les inégalités sont perpétuées et renforcées par une organisation secrète. Enfin, elle consent à y adhérer. Certes, la narratrice prétend qu’elle fera le bien avec ses pouvoirs magiques, mais précédemment dans le roman, elle a déjà expliqué qu’elle avait renoncé à s’engager dans l’action sociale par défaut de motivation et des prétextes très superficiels. La faiblesse de la volonté traverse toute l’intrigue, avec un conflit constant entre bonnes intentions, et incapacité à les mettre en action.
L’anéantissement du merveilleux dans la résignation. À mon sens, le pire dans ce livre est le contraste entre :
- La magie a disparu
- Non, en fait, elle est toujours là, cachée, prête à se montrer
- Finalement, cette magie est la cause véritable de la corruption du monde et d’une économie prédatrice et polluante.
Tout message d’espoir est alors compromis. Le merveilleux sans espoir confine à l’horreur. Un enfer à paillettes et crinoline n’en reste pas moins un enfer. En substance, je suis ressortie du livre en ressentant un véritable malaise.
🔷 Un complot peut TOUT expliquer
■ Hypothèses sur la construction de l’histoire
Je soupçonne que cette conclusion s’est imposée d’elle-même dans le cycle d’écriture.
- L’autrice doit écrire une histoire avec une composante magique. C’est le cas de sa narratrice qui partage beaucoup de points communs avec elle ; la communication du livre sur le site de l’éditeur en fait également mention.
- L’autrice a eu un déclic sur la figure des marraines féeriques avec une esthétique « Peau d’Âne » (article Wikipédia sur le film de Jacques Demy en 1970), les contes de Perrault, et la célébrité de Louis XVII. Et si sa marraine la fée l’avait abandonné ? Et si les marraines existaient et que la Révolution française les avaient tuées ? Et si ma narratrice enquêtait ? Et si la marâtre de la narratrice était en réalité sa marraine ? Ces ingrédients forts et clairs dominent plus de la moitié de l’ouvrage, et elle m’a paru énergique, plutôt inspirée, parfois drôle, et parcourue de moments poétiques.
- Puis arrive le moment fatidique où il faut clore l’histoire, alors que beaucoup de questions ont été posées, et là, c’est le drame ! Il faut finir, en un tome, en retombant sur les marraines, avec une fin merveilleuse (la narratrice va dans une école de magie comme Harry Potter qui est mentionné tout le long). Or les questions qui ont posé la dynamique du livre ne suffisent pas à avoir un univers consistant et cohérent en profondeur. Comment tout résoudre ? L’autrice a utilisé deux ingrédients choc avec lesquels on peut TOUT expliquer sans rien expliquer :
- Ingrédient n°1 : le mastermind, le guestère, le deus ex machina, le maitre manipulateur, le marionnettiste qui sait tout, qui anticipe tout, qui connait le passé de la narratrice mieux qu’elle-même et anticipe ses réactions bien avant qu’elle ne soit en mesure d’agir.
- Ingrédient n°2 : le complot mené par une société secrète qui contrôle le monde en sous-main.
📌 Le guestère est un néologisme visant à décrire ces personnages qui en savent beaucoup trop, tellement que c’en est clairement surnaturel
■ Le couteau suisse dramatique du complot
Le complotisme est un aspect majeur des mythologies contemporaines, associé plutôt à de courants politiques contestataires et associé à une critique du pouvoir : la vérité n’est pas ce qu’on croit ; les canaux d’informations majoritaires diffusent une propagande manipulatrice ; en réalité, nous sommes manipulés et maintenus dans l’ignorance.
Créer un complot est facile, et à l’inverse, démontrer leur fausseté est très difficile. Dès lors, il n’est pas si étonnant d’en découvrir si fréquemment dans les fictions. Sitôt qu’un auteur a une idée de mystère « trop cool » pour le début, mais qu’il ne sait pas comment tout ficeler, complot et guestère sont prêts à tendre la main. Ils peuvent tout résoudre : coïncidence, hasard, manipulation au sommet de l’état, réécriture de l’histoire, fonds illimités, base secrète, anticipation de toutes les actions des personnages…
Ces solutions induisent un schéma :
- Démarrage fort, avec tension, mystère, ambiance. Le point de départ est un prétexte, un MacGuffin qui fait courir les personnages (le MacGuffin sur Wikipédia),
- Enquête dramatique pendant une moitié d’ouvrage. Plus on avance, plus l’accent est mis sur les scènes individuelles, plutôt que la cohérence globale.
- Découverte de l’œuvre de la secte avec possiblement des scènes d’action (elles ajoutent de la tension de danger physique au moment où la tension du mystère diminue du fait du début des révélation)
- Découverte de l’œuvre du guestère avec dialogue dramatique et sentiment de trahison, puis affrontement final.
- Conclusion : la secte gagne, ou le héros la détruit.
Le schéma fonctionne à l’identique en jeu de rôle.
📌 Sur les complots et la croyance en une histoire cachée, voir Wiktor Stoczkowski dans « A la recherche d’une autre genèse – Anthropologie de l’irrationnel »
🎲 Envie de jouer avec des complots ?
Si vous voulez créer des complots entre amis, j’ai appris qu’il existait un jeu centré sur ces questions.
🎃En conclusion ?
Dans mon cheminement d’écriture d’In-Existence, beaucoup d’idées qui me plaisent me sont venues de recherches visant la cohérence. Je veux avoir des réponses solides sur « pourquoi » et « comment » quand je découvre une faille ou une bizarrerie ou un mystère. J’ai le sentiment que le « worldbuilding » / la conception de l’univers gagne beaucoup à ce travail de détail, qu’il s’agisse de profondeur, de consistance, ou d’identité propre.
⁂
Et si complot il y a, comme pour les vampires trop beaux ou les guestères trop bien informés, le « comment » et le « pourquoi » apportent un supplément d’âme propre à l’univers.
A suivre ! ✨


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