Plusieurs articles trainent parmi mes brouillons, et parmi eux figure une réflexion sur des livres passés en revue. On ne peut pas dire « lire », même si c’est le cas, car mon angle d’approche était vraiment de comprendre ce qui m’accrochait (je les ai empruntés à la bibliothèque parmi beaucoup) et ce qui me décrochait.
Pourquoi abandonner ou être déçue, alors qu’a priori plusieurs ingrédients étaient là pour me plaire ? Qu’est-ce qui n’allait pas dans ma lecture ? Suis-je seulement capable de lire autre chose que ma documentation ?
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Les articles « In-Existence et l’édition » mêlent journal d’écriture du projet « In-Existence » et recherches sur le monde de l’écriture, depuis les groupes de jeunes auteurs jusqu’à la promotion des ouvrages publiés. Il s’agit pour moi de me soutenir moralement dans l’avancée de mon marathon tout en comprenant mieux comment mon travail se place au milieu de tous les autres.
📕 Articles récents dans la catégorie
Sommaire
- 📝Journal d’écriture
- 🔷 Quel est le problème ?
- ■ Méthode de travail
- ■ Causes d’abandon 1 : problèmes de compréhension
- ■ Causes d’abandon 2 : l’écriture (dialogues, descriptions)
- ■ Causes d’abandon 3 : le manque de direction et de sens
- ■ Cause d’abandon (ou de crispation) 4 : les inconsistances de l’universe
- ■ Cause d’abandon (ou déception) 5 : le sens de l’univers
- 🐭 En conclusion : je cherche de la « social fiction »
📍 Les analyses d’œuvres incluent toujours des éléments sur leur contenu. Si vous craignez d’être divulgâché, vous pouvez utiliser les titres des paragraphes pour vous faire une idée de leur thème.

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📝Journal d’écriture
■ Je débarque, c’est quoi In-Existence ?
J’ai rafraichi complètement les pages de présentation d’In-Existence ! Pour le lecteur, ce n’est peut-être pas un changement radical, mais c’était long, et j’espère (surtout) que cette réorganisation me facilitera les mises à jour futures !
📕 Tout pour comprendre sur In-Existence
■ L’esprit de La toile de la malédiction
Je travaille à boucler le JOUR 2 sur La toile de la malédiction. Le défi avec ce monstre, c’est son volume. Les chiffres dans « l’état du chantier » devraient vous donner la mesure du problème (pour les rôlistes : 1 million de signes, c’est une encyclopédie 400 pages richement illustrée, format A4).
Bien sûr, il existe beaucoup de gros livres et de séries-fleuves. Néanmoins ces format constituent une prise de risque éditorial, d’autant plus quand l’auteur est inconnu.
📍 Un article rassemblant quelques données sur les formats et les problèmes associés
Changer La toile de malédiction pour qu’elle tienne en un volume ne marche pas, ou plus justement, ne peut se faire qu’à un prix que je ne me sens pas prête à payer. Le cœur est pour moi précisément dans le cheminement qui tient de la gestion de crise :
- Prendre conscience de l’existence d’un problème inédit (mais en réalité déjà ancien par son influence, il avait su rester inaperçu)
- Identifier sa nature, sa cible, son ampleur, limiter les dégâts collatéraux, prendre des mesures pour sécuriser ce qui peut l’être
- Identifier l’ampleur et les moyens mis en œuvre par le problème. Constater qu’il faut travailler en équipe.
- Établir un plan d’action qui n’aggrave pas le problème, alors même que ce dernier évolue en même temps qu’on y réfléchit
- Gérer l’aggravation de la crise, tout en collectant de nouvelles informations, parce qu’on agit et décide depuis le début avec des données parcellaires et une situation mouvante. Idéalement, résoudre la crise.
Chacune de ces étapes correspond à une partie (taille : entre un petit roman et un roman moyen-gros). Ce n’est pas parfaitement net et tranché, parce que l’action est continue et qu’il y a donc toujours une action en cours.
Comme ma méta-structure (l’évolution de la crise) n’est probablement visible que de moi (ou d’un lecteur attentif, avec le recul), il est important que les enjeux dramatiques spécifiques à chaque partie soient lisibles et satisfaisants en eux-mêmes.
En substance « c’est énorme, il y a intérêt à ce que ce soit agréable et intéressant dès le début !« . Parce que je ne suis pas la seule sur Terre à reposer des livres en trouvant mieux à faire.
🔷 Quel est le problème ?
■ Méthode de travail
● Questions
Ce blog vous donne un bon aperçu de l’état de mes fichiers. Dans le cas de la lecture d’un livre, je procède pas à pas :
- Quel est le titre ? Que m’évoque la couverture ?
- Qui est l’auteur ? Que puis-je trouver à son sujet ? (Babelio, Wikipedia, Instagram, site de l’auteur)
- Que dit le résumé de quatrième de couverture ? A quoi je m’attends ?
- Incipit : que m’inspirent précisément les 10-30 premières lignes ? Et le premier chapitre ou prologue ?
- Lecture : je lis jusqu’à ce que j’ai un problème (ou tellement de problèmes que je ne veuille plus lire)
- En cas d’abandon : je consulte la fin, et je lis depuis le dernier chapitre, à rebours (jusqu’à ce que je m’estime éclairée)
- En cas de lecture sans abandon… je lis. C’est arrivé ! (ci-après un exemple)
● État d’esprit de l’analyse
Tous les livres édités sont par définition des vainqueurs de la course à la publication. Ils ont été choisis parmi des milliers de manuscrits soumis. Quand ils sont traduits, ils ont réussi à être (en plus!) vendu dans une autre langue. S’ils arrivent jusqu’à moi, ils ont aussi séduit les bibliothécaires. Bref, un grand nombre de personnes les ont estimé « bons ».
L’enjeu pour moi est donc de mettre en balance les éléments positifs et négatifs.
- 🔍Il y a forcément assez de points forts pour justifier l’édition. Quels sont-ils?
- 💔 Mais si je repose le livre, il y a quand même des problèmes. Quels sont-ils?
Je m’appuie sur les conseils et témoignages de professionnels que j’ai pu collecter au cours des mois passés.
🔍 Un état des lieux de mes recherches au cours de l’automne 2025
■ Causes d’abandon 1 : problèmes de compréhension
Ce sont des cas qui pour moi présentent de vrais problèmes. Ils nuisent directement à la capacité de comprendre la situation.
- Manque d’incise aux dialogues. J’ai un cas concret en tête de livre avec de fortes ventes, et dont j’étais incapable en lisant, de déterminer qui parlait. On avait régulièrement trois locuteurs, des coupures pour décrire une action, et pas forcément l’impression que le dialogue reprenait avec la dernière personne qui parlait. Bref, ça m’a donné mal à la tête d’essayer de deviner les incises manquantes.
- Le manque de description claires. J’ai croisé des livres dont j’ai relu plusieurs fois des paragraphes du début et je ne comprenais pas où j’étais, comment les lieux se situaient les uns par rapport aux autres, s’il faisait jour ou nuit, etc.
- Références obscures ou inexistantes. Le livre était un spin off d’une autre série (ce n’était pas indiqué) et devait pouvoir se lire seul. En fait, non. Il y avait beaucoup trop d’éléments de l’univers qui n’étaient pas expliqués alors qu’ils étaient visiblement décisifs, de sorte que c’était confus.
■ Causes d’abandon 2 : l’écriture (dialogues, descriptions)
Ces points sont moins décisifs que les précédents, mais leur accumulation conduit au même résultat (abandon).
- Dialogues sans identité. Les personnages transmettent une information, mais la syntaxe ne transmet en rien l’urgence du drame qu’ils vivent, et le lexique parait inadéquat par rapport à l’âge, au milieu social ou professionnel.
- Surcharge d’images. L’auteur ajoute des adjectifs et des adverbes et des métaphores et des comparaisons et des métonymies et encore… Bref, le texte est surchargé d’images, mais elles se posent partout, même à des endroits qui n’apportent rien à l’intrigue. Il semble que ce soit fait pour rendre le texte vivant et léger, mais j’ai croisé beaucoup d’exemple où ça n’a qu’un effet parasite sur la lecture. Je me retrouve mentalement à barrer des mots qui freinent ma compréhension, donc à lire de travers, donc à manquer les éléments importants du texte.
- Répétitions de situation. Quand des personnages commettent une action stupide, continuent, encore, encore, encore… à un point où j’attends juste une mort brutale et rapide pour me libérer.
- Le livre ressemble à un scénario. C’est un aspect qui me gêne beaucoup. En lisant, je vois que les indications de lieu seraient sûrement très efficaces en film ou série, mais le texte ne les rend pas intéressants ni évocateurs. Les descriptions (leur absence ou leur quantité minimale, ou leur maladresse) sont en cause.
- Manque de complexité des personnages. Certains sont censés être adultes, mais se chamaillent comme des enfants, avec des réactions susceptibles, épidermiques, absurdes, irréfléchies… D’autres ont toujours la même attitude, pas de passé, pas d’état d’âme). Ils sont des outils capables de parler, d’humeur égale, au service de l’avancée de l’histoire selon la trame visée.
■ Causes d’abandon 3 : le manque de direction et de sens
Une histoire n’est pas qu’une suite de paragraphe avec un lien logique avec celui qui précède et celui qui suit. Il me faut aussi un fil entre le début et la fin du livre, une trame qui constitue une identité.
- Le résumé de 4e de couverture et le texte ne correspondent pas. Quand la 4e de couverture se concentre sur un événement qui débute dans le dernier tiers du livre, j’estime qu’il y a un problème. La présentation crée une attente, et elle donne vraiment l’impression que ce qu’il y a « avant » est décoratif, qu’on pourrait s’en passer. C’est d’autant plus gênant quand, en lisant, je commence à avoir la même impression. Cela m’interpelle également car la mise en avant le milieu ou la fin du livre, dépasse largement le stade de l’accroche, et dévoile le développement, en le faisant passer pour le commencement. Je me demande qui prend ces décisions et sur la base de quelles considérations. Au final, que raconte l’histoire ? Quelle est sa problématique ? Qu’est-ce qui lui donne une unité ?
- Manque de direction. En lisant, je ne vois pas où je vais. Même si le résumé de 4e de couverture promet qu’il va se passer quelque chose, je commence à lire de travers, en attendant de trouver un élément accrocheur (et je décroche). Pourtant, si j’en juge par les livres que j’ai lus entièrement depuis le début de mes notes, les rythmes lents et contemplatifs ne me posent pas de problème en eux mêmes. Par contre, il faut une ligne directrice.
📚 Plus de méditations sur la recherche de sens
🐭Digression :
J’ai commencé à suivre (par vidéo) le séminaire d’Isabelle Ratié sur l’histoire des systèmes de pensée de l’Inde. Son cours porte sur les querelles du soi et du non-soi. A savoir : existe-t-il un « soi » qui assure l’unité de l’individu au cours de sa vie et au-delà ? Si oui, de quoi s’agit-il ? Si non, comment expliquer la mémoire et la rétribution karmique ? J’ai l’impression que je cherche justement le « soi » des histoires que je lis, et que je rejette la simple succession d’événements.
■ Cause d’abandon (ou de crispation) 4 : les inconsistances de l’universe
On est ici dans des causes encore plus subjectives, mais qui ont une influence forte sur l’abandon de livre (ou mon agacement en lisant, ou les deux). Je constate que j’ai un problème avec les univers en eux-mêmes.
Pour les problèmes d’univers, je prends deux exemples de livres que j’ai croisé récemment. Je précise qu’ils ne sont pas « mauvais ». Il me fallait des cas pour illustrer mon propos, et ils sont les plus clairs dans mon esprits pour cause de fraicheur de lecture.
- Emilie QUERBALEC, Les chants de Nüying, Albin Michel Imaginaire, 2022
- L’action se déroule en 2500, mais les pays sont exactement les mêmes que maintenant, avec les mêmes représentations qu’en les années 2010 avec un personnage ayant fait ses études aux États-Unis, des plaisanteries sur la faiblesse du PIB du Vietnam…
- Remarque : 2500, c’est la même distance temporelle que nous avec 1526. C’est à dire avant la diffusion massive de l’imprimerie, la réforme protestante, les guerres de religion, la chasse aux sorcières.
- T. Kingfisher, Nettle and Bone – Comment tuer un prince, Seuil (Verso), 2024
- Un med-fan féministe et léger, dont l’héroïne a passé 15 ans au couvent. Mais ce n’est qu’un décor : pas de théologie, les saints sont méconnus des gens même qui les prient, tout est flou. On a des discours féministes sur un cadre inégalitaire entre hommes et femme en droit (avec d’ailleurs une absence d’institutions judiciaires), mais là aussi, c’est un décor. Les femmes sont solidaires entre elles et quelques hommes ostracisés sont honorables, mais pas d’assise dans le monde lui-même. En fait, j’ai l’impression de lire « une histoire de notre monde, mais déplacée sur une scène imaginaire qui fait semblant que ce soit un autre monde ».
● Les domaines souvent malmenés
De manière générale, dans mes lectures, les problèmes que je repère sont rassemblés autours de quelques domaines :
- Histoire : méthode, source, évolutions lentes et moments de tournants, complexité des événements avec de multiples facteurs à l’origine des révolutions par exemple, ou bien les dynamiques des crises (famines, épidémies…), histoire des sciences (construction du savoir, différence entre croyance et science)
- Sociologie : représentations, groupes sociaux, interactions et interdépendances, régulations, marges, retournement de stigmate, résistances
- Droit : procédures formelles, médiations, fondements, légitimité des institutions, criminologie
- Spiritualités : institutions religieuses, théologie, dynamiques, débats, évolution des mythes
- Démographie et économie : commerce, ressources, échanges, adaptation, crises
- Environnement : écosystèmes, climat, cycle de l’eau, interactions entre espèces, santé des populations et des non-humains, pollutions
● Incohérences et inconsistances
L’histoire racontée peut être cohérente (succession des événements), mais l’inconsistance du cadre avec les événements rend ceux-ci artificiels. La dynamiques cause-conséquence qui structure l’avancée de l’intrigue est faussée.
Je suis très sensible à la cohérence du contenu de l’histoire, mais aussi de son lien avec son cadre. J’aime pouvoir me dire « cette intrigue se déroule là et si on plaçait l’événement modificateur ailleurs, ce serait totalement différent« .
🔍Où je me questionne sur les limites acceptables de l’appréciation de la cohérence dans un récit
● Pourquoi ?
Je me suis demandé ce qui clochait avec les sciences humaines (et environnementales). Pourquoi je constate des simplifications, quelle est leur cause ? Je suis passée par plusieurs stades :
- L’auteur ne veut pas perdre de temps, il veut juste un décor qu’il tord en fonction de l’histoire qu’il veut raconter. Tant pis si sur les bords, ce n’est pas parfaitement raccord, ce n’est pas le vrai sujet.
- L’auteur croit en savoir suffisamment et sous-estime sa propre ignorance, écrivant de fausses évidences.
🐭Détour méthodologie
Me concernant, ma démarche est :
- Identifier ce que je veux raconter (ville sous-marine ou dragons, ou voyage dans l’éther…)
- Identifier les situations qui doivent être possibles
- Remplir méthodiquement avec des solutions techniques ou magiques, qui doivent toutes être cohérentes avec les précédentes créées
Cette approche permet d’avoir les ingrédients dramatiques qu’on veut (invasion de zombies ou que sais-je), mais aussi de développer la profondeur et l’unicité du cadre. Plus on cherche des explications, et plus on crée un tissu dense, qui est spécifique à ce seul lieu.
La documentation est donc un moyen d’enrichir les situations dramatiques, en pensant à poser certaines questions, puis en cherchant des réponses, et les problèmes qui peuvent se poser. Dans cette perspective, ne pas aller au bout du développement du cadre revient à perdre des éléments d’histoire qui pourraient être de grande valeur.
🐭 L’hypothèse du problème du temps de développement
J’ai croisé un témoignage récemment (je n’ai pas réussi à trouver exactement la source parmi les podcasts de l’autrice (peut-être ici, je n’ai pas eu le courage de tout réécouter). Margot Dessenne évoquait son bouclage compliqué de son dernier roman (prévu pour septembre 2026). En particulier, elle avait sacrifié de l’ordre de 80% d’idées super cool en lien à son univers pour se concentrer sur l’histoire qui devait tenir en un volume. De ce que je comprends, elle ne compte pas réutiliser ses éléments de conceptions d’univers (alias worldbuilding).
Justement, l’univers provoque d’autres problèmes dans des livres : l’infodump, c’est à dire le fait d’inonder le lecteur de choses à retenir (ou pas) à propos du monde. C’est un défaut parait-il récurrent dans les livres des genres de l’imaginaire. Et si on croise avec le témoignage de Margot Dessenne, c’est cohérent.
Or c’est un travail monstrueux de créer plein de choses. Comme dans un iceberg, seul 10% au mieux sera visible sur le seul univers ! Or le roman lui-même ne représente qu’une fraction du travail d’écriture! Donc écrire un roman en imaginaire revient à fournir une dose plus importante de travail (la conception du cadre) et à jeter davantage de choses à la poubelle. Pourquoi se faire tant de mal ?
De mon côté, je crée aussi un monstre, FIM, mais il existe de toutes façons, il est un monde prêt à l’emploi, pour du jeu de rôle ou du roman (selon le coin et le type d’histoire). Je gère donc le problème des profondeurs de l’iceberg d’univers en gardant le même univers comme vivier.
■ Cause d’abandon (ou déception) 5 : le sens de l’univers
● Mes problèmes avec plusieurs genres
Il arrive que je termine le livre, et que je sois très mal à l’aise à la fin (exemple ci-après). Parfois je renonce même à lire dès le résumé de quatrième de couverture. Le problème ici est le sens qui est associé au cadre.
🔍 J’ai adoré le début, l’humour, l’énergie… et j’ai fini par être du côté du méchant et maudire les gentils 😱
Le cadre d’une histoire dit aussi quelque chose, qui peut compléter l’intrigue ou s’y ajouter. Ci-après pourquoi je ressens un vif malaise à propose de plusieurs genres :
- Fantasy à prophétie. L’existence de prophéties réelles (données par un dieu) implique qu’une divinité se mêle du monde et questionne sur la nature du malheur dans ce monde : maladie, vieillesse, infirmité, horreurs vécues depuis l’enfance… Cela me donne l’impression que ce dieu ne se mêle que sa guerre avec son ennemi divin, mais pour le reste, il se moque bien des souffrances du monde. Par ailleurs, ça questionne le fait que ces divinités ne se soucient que des humains (ou d’autres espèces supérieures qui peuvent leur faire la guerre).
- Post apocalyptique. Présume des comportements violents, égoïstes, et tout un mode de société qui me parait très douteux quand on regarde les détails. Le survivalisme est plutôt associé à des mouvements considérant les femmes comme des victimes de viol par nature. C’est toute la représentation de la société qui pose question et en particulier les « faibles » : vieux, infirmes, enfants, femmes, etc. Si on estime que dans des conditions « authentiques » les faibles meurent ou sont réduits en esclavages, alors ne faudrait-il pas changer nos sociétés dès à présent pour les rendre plus pures et plus fortes ? Éviter la chute ? Bref, je suis mal à l’aise.
- Cyberpunk. Le cadre dit « le monde est fichu, ce sont toujours les mêmes qui gagnent, et l’humain est profondément, intrinsèquement mauvais ». La nature est dévastée, mais il n’y a pas d’autre conséquence que des pauvres qui vivent mal. Du côté des puissants, on maintient l’illusion qu’avec de l’argent, on sera épargné, en vivant aussi bien qu’avant.
- Complot. Le cadre dit « le monde est gouverné par des élites cachées ; essayez d’en être pour ne pas être un mouton aveugle, sinon vous serez persécutés ». Il y a des trous partout de cohérence : puisque tout est contrôlé, alors il faut considérer que les pires horreurs de l’histoire étaient délibérées et nécessaires à un but supérieur, et ça devient très vite malaisant.
- Romance. Le couple est la garantie véritable du bonheur. Hélas, cette félicité ne concernera que quelques élus, déjà beaux et talentueux dès le début ! De toutes façons d’ailleurs, l’amour véritable est pour des individus choisis, des âmes sœurs. Le destin veille sur eux. (J’ai moins de problème avec la romance qu’avec le complotisme ou les prophéties, je tenais à alléger l’ambiance pour finir.)
● Mes problèmes avec les sociétés représentées
Au-delà de la question du genre littéraire, il y a à mon sens un problème transversal : la quantité massive de cadres imaginaires qui reprennent exactement les structures sociales de notre monde.
- En majorité dans mes lectures : les hommes ont les postes de pouvoir ; les femmes ont des postes subalternes à l’exception de quelques « femmes fortes » qui sont respectées. En option : des minorités (injustement) opprimées.
- Variante féministe : la même, mais on dit que ce n’est pas bien
- Variante monde à l’envers : comme le cas majoritaire, mais ce sont les femmes qui tiennent le pouvoir et les hommes qu’on dit protéger
On trouve quantité de systèmes de magie, des créatures, des lieux merveilleux… mais dans mon expérience de lecture je peine vraiment à trouver des sociétés égalitaires. Je trouve beaucoup d’aspiration à l’égalité, mais elle est toujours reléguée au futur, à « après la révolution », « après qu’on ait abattu le tyran ». Bref, à un au-delà irréel. Alors même que nous sommes dans les littératures de l’imaginaire !
🐭 En conclusion : je cherche de la « social fiction »
Si j’ai beaucoup d’appétence pour des lieux merveilleux (magiques ou spatiaux) avec des architectures grandioses, et des bestioles improbables, de plus en plus, je recherche une forme de « social fiction »
- Des sociétés égalitaires et fonctionnelles (avec des défauts, et des enjeux dramatiques)
- Qui racontent autre chose que du darwinisme social sauvage
- Qui sont intéressantes, variées, magiques ou non, à différents niveaux de technologie, avec toutes sortes de problématiques
En pratique, c’est l’approche que j’ai adopté pour mes propres écrits, mais quand je fouine, c’est aussi ce que je cherche.
A suivre ! ✨
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