Depuis plusieurs mois, je mène des investigations sur l’écriture, son écosystème, les ressources, les usages, la culture…
Aujourd’hui, une synthèse sur toutes les raisons de ne pas écrire de trilogies et de séries, mais aussi pourquoi je… continue quand même d’écrire l’histoire que j’ai débutée !
Ressources et références : tous les liens directs dans le texte
Sommaire
- 📝Journal d’écriture
- 🔷 Roman, cycles, série : que faire et comment ?
- 🔷Et si l’enjeu était plutôt « écrivez des univers » ?
- 🎃En conclusion ?
📍 Les analyses d’œuvres incluent toujours des éléments sur leur contenu. Si vous craignez d’être divulgâché, vous pouvez utiliser les titres des paragraphes pour vous faire une idée de leur thème.

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📝Journal d’écriture
■ Je débarque, c’est quoi In-Existence ?
📍Présentation d’In-Existence pour ceux qui découvrent !
Une crise d’origine surnaturelle bouleverse la ville de Demigo, catalyse des conflits en germe et entraine des révélations majeures portant sur l’essence même de la réalité.
Les événements sont narrés au sein de séries autonomes, chacune s’intéressant à un aspect du problème et à sa résolution, avec un ton et une orientation de genre spécifique. C’est un peu comme si on découvrait une période charnière à Gotham City, en s’intéressant à quatre groupes : (A) le Joker et la pègre sur fond de malédiction et de guerre de gang ; (B) Bruce Wayne pris dans une quête occulte et confronté à son dégoût du monde ; (C) des adolescents pris au milieu des conflits de gangs et découvrant des secrets mystiques préhistorique de la ville ; (D) des journalistes et des « arrangeurs » cherchant pour les uns à révéler des scandales, et pour les autres à les enterrer.
- Série A – La toile de la malédiction : La Voyageuse parvient à quitter les Enfers avec l’aide d’un invocateur avide de vengeance, devenant une malédiction incarnée, mais elle refuse de tuer ses victime et cherche une solution pour se libérer.
- Série B – L’emprise de l’ogre : Richesse et pouvoir ne comblent pas le vide existentiel de Maxim Arakel Lastôr qui s’engage dans une quête pour lever le Voile sur les secrets de la réalité et de son passé.
- Série C – Le puits des âmes : Minette se passionne pour l’occultisme, tandis qu’Idra se débat au milieu des conflits de gangs ; ils auront besoin l’un de l’autre pour se tirer d’un entrelacs de crimes et de magie noire.
- Série D – Le point de rupture : Jul a décidé d’enterrer son passé de fugueuse et de déterrer des secrets embarrassants, avec un talent particulier pour flairer d’improbables sources d’informations (et de complications).
■ Le charme des reprises, mais cadencées
Je poursuis les avancées selon deux axes :
- Reprise méthodique dans l’ordre chronologique des événements (série A + B en parallèle)
- Bouclage de la première partie de D ; dans la foulée je me prépare à avancer la deuxième partie de C au maximum
J’essaie de tenir le rythme : minimum 1 chapitre de « bouclage reprise » et 1 chapitre d’écriture neuve par semaine. Ce n’est pas toujours évident, mais ça avance. Parfois j’ai l’impression que je n’arriverai jamais au bout du fait des X réécritures jusqu’à ce que ça fonctionne. D’autres fois je me réjouis en appréciant autant le début que la suite.
L’objectif : disposer d’unités dramatiques qui ont toutes un début solide, en entrant vite dans l’intrigue, tout en étant parfaitement autonome (contenu, mais aussi sous-thème spécifique). J’ai l’impression que les textes vont dans le sens que je vise.
■ Si jamais vous souhaitez lire (et formuler des retours !)…
Les lecteurs sont bienvenus, y compris pour des lectures de type « crash-test »: lire jusqu’au premier passage où on commence à s’ennuyer et vouloir « lire de travers » ou arrêter.
- Moi : ça me permet de tester l’efficacité des débuts
- Vous : au mieux, vous lisez un truc que vous aimez, au pire, vous pouvez le jeter vite fait et en prime, avec la possibilité d’exprimer l’étendue de votre lassitude
🔷 Roman, cycles, série : que faire et comment ?
La question du format d’une œuvre de l’imaginaire m’intéresse pour orienter au mieux mes reprises et développements. Qu’est-ce qui existe ? Qui écrit quoi ? Comment ? Sur quelles durées ?
■ Distinguer le cycle de la série
Anne Besson étudie les littératures de l’imaginaire. Très rapidement, elle propose de distinguer « cycle » et « série » :
- Cycle : on doit lire les tomes dans l’ordre, et chaque volume est la suite du précédent (on parle parfois aussi de « série » ! ou de saga)
- Série : plusieurs romans se déroulent dans le même univers, avec parfois les mêmes personnages, mais on peut les lire dans le désordre, ou seulement un seul, sans problème de compréhension
Pour la suite de cet article, je tends à utiliser cette définition, car elle permet plus de clarté.
■ Une série, c’est difficile à écrire !
Sur les faiblesses structurelles des écrits en série, Bookfox relève :
- Des problèmes de structure répétitive. Il recommande soit de faire grandir les enjeux, soit d’avoir un « genre littéraire » distinct, soit un changement de point de vue (comme dans The Wire – sur Wikipédia)
- La tendance à « garder des trucs pour la suite ». Personne ne lira le livre 2 si le 1 n’est pas passionnants. De plus, un livre 1 doit poser l’univers, ce qui représente en soi un enjeu. En le privant intentionnellement des meilleurs éléments dramatiques, on l’affaiblit. Sa recommandation : donner le maximum, tout de suite (et c’est pas grave si finalement tout tient en un seul livre !).
- 🐭 Digression : ce défaut de vouloir garder des choses pour la suite, je l’ai vécu dans les coulisses de l’édition de jeu de rôle. Le fait de repousser les secrets ou tel grande révélation au volume suivant en relève. Initialement, je n’avais pas d’avis sur ce sujet. A présent, je suis nettement plus réservée, voire franchement réticente. Je préfère indubitablement les contenus concentrés, qui donnent beaucoup, et tout le nécessaire pour être autonome.
- Être incapable de finir. Tout est dit. Le problème des séries inachevées revient régulièrement dans les conversations, vidéos, critiques, analyses. Il y a aussi le cas des séries achevées, mais au forceps, à cause d’un démarrage fort, mais avec uniquement des arcs narratifs ouverts, et aucune idée de ce qui pourrait expliquer les mystères trop cool du début (Lost – sur Wikipédia).
■ Pour commencer à gagner de l’argent, il faut écrire beaucoup de livres
La vidéo ci-après couvre plusieurs aspects des coulisses éditoriales, comme:
- L’importance décisive de la couverture. 50% du marketing tient à la couverture.
- 🐭 Un sujet que j’avais déjà pu vivre en édition du jeu de rôle : on achète souvent le premier livre à cause de la couverture, mais c’est le texte qui pousse à acheter les autres livres.
- L’importance de la communication. Si le lecteur potentiel ignore l’existence d’un super livre, il ne peut pas le lire. Mais si le livre lui-même est mauvais, il ne se vendra pas longtemps.
- Écrire bien plus qu’un livre. Hors exceptions exceptionnelles, aucun auteur ne vit grâce à un seul livre. Il faut plutôt viser une sortie par an pour commencer à avoir des revenus. Les meilleures ventes cumulées sont pour des séries ou dans un même genre (par exemple, plein de romans policiers). Par « série », Bookfox compte tout autant les « cycles » que les « séries ». Il y a un effet vertueux : les lecteurs qui aiment une unité cherchent les autres livres similaires. Bookfox recommande de considérer chaque livre comme sa propre publicité pour l’auteur et ses autres livres.
■ « N’écrivez pas de cycle ! »
On revient à la subtilité du départ : les séries peuvent rapporter à l’auteur (par exemple « plein de romans policiers »), mais les cycles représentent un exercice de conception distinct. Ici un avertissement marketing et business par Thomas Umstattd. Je suis peu convaincue par ses piques sur le nihilisme postmoderniste (qui à mon sens sortent totalement du sujet), mais le reste parait plutôt sensé et argumenté.
- Communication. La communication autour des livres en série semble plutôt rentable à partir du troisième, engendrant un cycle vertueux. Toutefois, le problème consiste déjà à être rentable avant. Or il y a une déperdition des lecteurs :
- Ceux qui achètent, mais ne lisent pas
- Ceux qui lisent, mais pas jusqu’au bout
- Ceux qui ont lu jusqu’au bout, mais n’envisagent pas de lire la suite
- Ceux qui pourraient vouloir lire la suite, mais n’apprennent pas la nouvelle de sa sortie
- 🐭 En jeu de rôle, chaque supplément tend à se vendre moins que le précédent, mais pousse aussi à l’achat de livres de base. Il y a donc un enjeu à développer l’univers. Et des questions sur l’approche la plus optimale (contexte, créatures, scénarios…).
- Le succès engendre le succès. Les séries fonctionnent pour les auteurs déjà connus. Et d’ailleurs, ceux qui parlent de leur succès à vivre de leurs séries sont uniquement les quelques survivants à y être parvenus. On ne parle pas de la masse de ceux qui ont abandonné.
- L’évolution de l’écriture. Les auteurs débutants sont amenés à beaucoup s’améliorer, de sorte que les premiers livres et ceux écrits 15 ans après n’ont plus du tout le même niveau. Or dans un cycle, on attend du lecteur qu’il lise dans l’ordre. Il est donc exposé en premier à un contenu plus faible que ce qui suit. Or si cette faiblesse est vraiment gênante, cela peut être dissuasif. Pour cette raison l’analyse recommande de n’attaquer de série qu’après avoir acquis beaucoup d’expérience.
- Les séries inachevées. Le fait que des séries très célèbres (Trône de fer de G.R.R. Martin notamment) soient notablement inachevées amène tout lecteur à hésiter à se lancer. Des attentes de plusieurs années entre des tomes sont courantes, d’où la tentations d’attendre qu’une série soit complète avant de commencer à la lire.
- Recommandation : débuter sa carrière avec des romans (en un volume, simple, net, efficace) et attendre d’être reconnu pour se lancer. Ou sinon, écrire des fins un peu ouvertes qui permettent de démarrer une série.
- 🐭 A titre personnel, j’ai un souci avec les fins de saison 1 de série, et en particulier les cliffhangers qui montrent « on est un peu prêts à écrire une suite, s’il le faut, mais peut-être pas, ou si… ». Cela me dérange profondément.
■ Sans oublier la complexité de l’ensemble
Carl Duncan s’intéresse davantage à des questions de structure :
- Dans un cycle, il y a un risque qu’un ou deux livres du milieu souffrent de faiblesses, et ne servent qu’à faire le lien avec la suite, ou raccrocher les arches narratives, sans que l’ouvrage dispose d’une unité, d’une identité.
- Du côté des jeunes auteurs en particulier il y a le risque de se projeter dans une trilogie ou un cycle, mais sans avoir assez de « profondeur » (sens, réflexion, substance, renouvellement) pour nourrir l’œuvre.
- 🐭 Le même aspect existe en jeu de rôles, avec une tendance chez les débutants à se projeter sur des gammes massives, avec livre de base, livre des secrets, grande campagne, descriptions de contrées lointaines… Un peu comme si les objets devaient être aussi grands, nombreux, lourds … que l’émotion suscitée par le projet. Comme si se projeter dans un ou deux livres de format A5 revenait à manquer d’amour et de passion.
🔷Et si l’enjeu était plutôt « écrivez des univers » ?
J’avais bouclé une première version de cet article, et j’ai entre-temps (avant sa publication donc) continué à réfléchir. Deux vidéos parmi mes recherches m’ont incité à revenir pour ajouter un complément.
■ Le cas de « La Guerre des clans »
Tout d’abord, une présentation de « Warrior Cat » (sur Wikipédia en anglais ; en français). J’avais entrevu certains de ces livres chez ma belle-sœur, parmi beaucoup d’autres lectures, et je n’avais pas creusé plus loin. J’étais loin de me doute de l’ampleur du phénomène éditorial. Quelques éléments tirés du visionnage:
- L’autrice dont le nom figure sur les livres est en réalité un collectif !
- Il s’agissait initialement d’un projet éditorial, avec un éditeur demandant en substance « tu voudrais pas écrire une histoire avec des chats ? » à l’une des autrices.
- La publication a débuté en 2005.
- Cet univers partagé cumule plusieurs cycles (au sens d’Anne Besson) et plusieurs romans et novellas (format intermédiaire entre nouvelle et roman), qui sont donc indépendant. On parle de dizaines de livres, avec des personnages récurrents, des morts, des incohérences (personnage mort dans un livre, mais toujours en vie dans un autre se situant plus tard), des prophéties, des triangles amoureux, des guerres entre quatre clans de chats…
- Il y a aussi des adaptations en « roman graphique » et d’autres expériences.
- Il y a des tas de fanfictions (un coup d’œil rapide sur Wattpad en français), et beaucoup de projets, des communautés… bref, le même type d’activité intense qu’on voit sur beaucoup d’autres univers à succès.
- Et des concours (pour donner des noms à des chatons), des liens entre auteurs et communautés, bref, un intense travail en communication pour entretenir le succès, faire venir de nouveaux jeunes lecteurs…
On a donc affaire à un succès commercial, fondé sur un concept éditorial et une mise en œuvre coordonnée, avec une autrice principale « cheffe d’orchestre » (synopsis détaillé validé ou écrit par elle) et des livres qui sortent régulièrement. Nous parlons certes d’une période de 20 ans de publication, mais la masse de livres pour cette durée est remarquable, et suggère en coulisses une véritable machine de guerre sur le plan organisationnel.
Si vous voulez une présentation en image :
■Des « séries » ou des « univers » ?
J’ai jeté un œil à une présentation des « séries » les plus longues en imaginaire (plus précisément « fantasy »). Quelques échelles pour comprendre les tailles :
- 1 mot équivaut approximativement à 6 ou 7 signes ; plutôt 7 quand on passe de l’anglais au français, car l’anglais est plus « concis ».
- Pour les lecteurs rôlistes, les gros bestiaires et encyclopédies (400 pages A4 illustrés) représentent dans les 1 à 1,2 millions de signes.
- En format roman, ça dépendra si la ligne est à 10 mots en moyenne (confort de lecture optimal) ou pousse à 12 mots (on serre un peu, on réduit la marge sur les côtés). On a aussi une marge de manœuvre sur le nombre de lignes par page (on tasse un peu, on réduit les espaces de saut de ligne). Sur de gros volumes de texte, on peut « gratter » plusieurs % de pages. Disons qu’un roman « court », les 250 pages représente de l’ordre de 300 000-350 000 signes. Avec 1 million de signes, on s’oriente donc vers 800 pages (à mise en page équivalente, mais sur les gros volume, on joue beaucoup sur la marge pour limiter l’inflation, et le coût de fabrication).
- … donc pour les cas évoqués, on est sur des étagères entières remplies de livres. On parle de mètres linéaires.


On parle donc ici d’auteurs professionnels, qui vivent ou ont vécu de leur écriture. Ce sont des « œuvres » qui se déroulent à l’intérieur d’un univers. On a des « cycles », et des « romans » (autonomes), voire des « séries » (même personnages ou référentiels, mais autonomes, comme un polar).
Si on voulait vraiment faire un décompte du volume des « cycles », il faudrait faire un décompte distinct de celui proposé par « Fun Fantasy Books ». Cette étude serait intéressante, car le « cycle » est le type d’objet littéraire le plus restrictif : lire le dernier sans être passé par les premiers est hasardeux. Ainsi, plusieurs livres de Terry Pratchett sont des « romans » ou des « séries », mais pas des « cycles », et sur le plan de la vente, ça change tout.
🎃En conclusion ?
Qu’est-ce que je retiens de ces analyses et recommandations ? Tout d’abord qu’il faut vraiment faire un effort pour utiliser un lexique précis, sinon on parle de « série » pour des choses très différentes, en particulier sur le plan de la conception et de la commercialisation.
- Créer un « univers » et le développer parait utile à l’échelle d’une carrière. Ce type d’écriture dépasse le cycle ou la série. Sur le plan de la communication autour des sorties, on peut à la fois capitaliser sur le nom de l’auteur, et sur son univers. Le lecteur a la garantie qu’il retrouvera certains principes dans le cadre, là où le nom de l’auteur seul dit juste « en principe, il sait écrire« .
- Un « cycle » peut compter 2 volumes, 3 (le célèbre format de la trilogie), 4, 5,… ou autant qu’on veut. La longueur d’un « cycle » viable économiquement n’est pas claire, mais je pense qu’on aurait raison d’écouter les avertissements relatifs au « biais du survivant » (pour les succès), et se rappeler les cycles inachevés. Sur le plan technique, le « cycle » est exposé aux problèmes de structures, avec une harmonie satisfaisante à trouver à la fois au sein de chaque volume et sur l’ensemble. Il y a aussi encore beaucoup de questions sur la durée d’attentes entre deux tomes.
- Les « séries » paraissent des types d’écrits tout à faire viables, mais uniquement au sens de « on peut lire chaque livre de manière autonome » (et donc aussi, dans n’importe quel ordre).
- Les « romans » (autonomes ou stand-alone, si on veut appuyer dessus) sont… eh bien, une œuvre qui est là, qu’on lit, qu’on finit, et on passe à autre chose.
Et si je devais appliquer ces définitions à mon cas ? … On pourrait dire qu’In-Existence est une « série » (on lit les composantes librement, et de manière autonome) dont certaines sont constituées de « cycles » (et là, ce n’est pas très intuitif, car normalement une série est constituée de romans autonomes). Ou alors… on peut considérer In-Existence comme un univers composé de 4 cycles, mais certains peuvent tenir en 1 gros livre… 🤔… disons que ce sont des cycles qui essaient de se déguiser en « romans » en serrant le ventre ? Mais comme « In-Existence » s’insère dans l’univers FIM, on a plutôt affaire à un « méta-cycle » qui comprend 4 cycles? Non, ça ne va pas non plus, vu qu’on n’est pas obligé de tout lire. Donc… on serait sur un micro-univers ou une méta-série ? 🎃✨
Que retenir de cette digression ? Que définir est parfois complexe ! Mais je pense quand même qu’on gagne à essayer d’être clair, surtout quand on donne des conseils comme « écrivez / n’écrivez pas de série » tout en parlant de cycles, d’univers, de série et de romans, tout mélangé !
A suivre ! ✨


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