Longtemps, j’ai constaté que les clients en jeu de rôle dans mon parcours (souscription, mécènes, forumistes, relecteurs de fond bénévoles, etc.) étaient des hommes. Après une énième discussion sur ce sujet, j’ai décidé d’essayer de trouver des réponses.
Cet article constitue un premier dépouillement des données. Pour plus d’informations, vous pouvez aussi consulter les indications méthodologies ajoutées sur le précédent article lançant le sondage.
👥 Quelques articles sur les représentations des femmes
Références : rien pour cet article !
Sommaire
- 🔷 Quoi, quand, comment ?
- 🔷 Des questions supplémentaires relatives à l’économie du JdR
- 🔷 Quelles sont les tendances ?
- En conclusion ?
📍 Les analyses d’œuvres incluent toujours des éléments sur leur contenu. Si vous craignez d’être divulgâché, vous pouvez utiliser les titres des paragraphes pour vous faire une idée de leur thème.

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🔷 Quoi, quand, comment ?
■ Premier temps du sondage
Une paire de sondage a été lancée le 24 septembre 2025, avec des questions identiques, et deux grandes catégories : Hommes et Femmes. Le but était en creux d’utiliser le groupe « homme » comme groupe témoin, pour pouvoir comparer les données et voir quelles étaient les différences, et si oui, de quelle nature. Ce sondage a reçu des réponses jusqu’au 16 octobre (+1 le 29 octobre). Sur environ 23 jours d’activité, il a été relayé au sein d’association, en particulier de proche en proche via le réseau Discord.
- Total : 693
- Hommes : 522 réponses (environ 75% des réponses)
- Femmes : 171 réponses (environ 25% des réponses)
■ Deuxième temps du sondage
A la suite de discussions avec des interlocuteurs de la FFJDR (Fédération Française de Jeux de Rôles), un second sondage a été ouvert, clone du précédent, mais avec la possibilité d’opter pour « Ne se prononce pas » pour le genre, et une section 8 posant les questions suivantes:
- Avez-vous déjà répondu à ce questionnaire ? Cette question sert à vérifier si on a des doublons prévisibles à prendre en compte dans les données.
- Pensez-vous qu’une majorité de vos réponses ont été représentative de la plupart des autres [hommes ou femmes] ? + Un espace de précision. Cette question m’a été recommandée pour s’articuler avec l’ajout de la catégorie « ne se prononce pas ».
Au moment où je prépare cet article, les réponses ont été collectées entre le 11 octobre et le 3 novembre (ah bah, c’est aujourd’hui !). La période d’activité du sondage est donc désormais sensiblement la même, mais le mode de diffusion est différent, car il a été cette fois fait un peu sur Octogônes et via les réseaux de la FFJDR.
- TOTAL : 260 réponses
- Hommes : 172 réponses (environ 66% des réponses) → 6 indiquent avoir déjà répondu
- Femmes : 75 réponses (environ 29% des réponses) → 0 indiquent avoir déjà répondu
- NSP : 13 réponses (5% des réponses) → 1 signale avoir déjà répondu
Remarque sur les dates des réponses :
Les liens des deux sondages sont toujours valables, mais celui sur l’article blog pointe vers le deuxième lot. Dès lors, si quelqu’un partage l’ancien lien, ça alimente le « premier lot » et cela explique le chevauchement des dates.
La diffusion par la FFJDR étant active au présent, il faudra procéder à une analyse (en particulier, comparée) dans un second temps. Aussi, pour l’heure, je vais me concentrer plutôt sur le premier panel, tout en gardant le second ouvert dans mes onglets, afin de savoir s’il y a des tendances lisibles.
🔷 Des questions supplémentaires relatives à l’économie du JdR
■ Deux panels, deux populations ?
On ne peut pas comparer de manière rigoureuse les deux panels de répondants, puisque l’option « NSP » n’était pas proposée pour le premier. Par ailleurs, le premier panel représente près de 2,7 fois le deuxième. Or, plus un groupe est de petite taille, et plus il est facile de voir apparaitre des tendances qui ne sont que des artefacts aléatoires.
Donc, en l’état, « peut-être » que la FFJDR a un réseau plus féminisé que le bouche-à-oreille via Discord, mais ce n’est pas possible d’aller plus loin qu’une question ouverte. Le seul moyen de trancher serait de mener de plus amples investigations.
■ Des réseaux plutôt genrés et des biais d’accès à l’information ?
Si la tendance s’avérait valable, ça suggèrerait qu’il y a des communautés rôlistes plus féminisées que d’autres. Une ancienne camarade de jeu, qui a beaucoup de contacts parmi les influenceurs s’intéressant au jeu de rôle m’a signalé s’être informée sur les audiences :
- Sur YouTube : public masculin de manière plus qu’écrasante (on parle de scores de type 90%)
- Sur TikTok ou Instagram : c’est moins massif
Elle me signalait également que les vidéos fonctionnent mieux avec un lien à Donjons & Dragons, de près ou de loin.
De mon côté, avec une enquête côté public, et donc sans aucun accès à de vraies données chiffrées, j’ai constaté un public féminin de manière écrasante sur les plateformes d’écriture (Wattpad, Inkitt) et dans les communautés d’écriture Discord.
Pour comprendre plus en détail de quoi je parle sur les plateformes d’écriture
Plateformes d’écriture : bilan de 6 mois d’exploration
En février 2025, je commençais une exploration de Wattpad, puis j’ai aussi regardé du côté d’Inkitt, tout en fouillant ici et là pour mieux comprendre ces écosystèmes de création de textes. Au bout de 6 mois
■ Des implications probables sur le plan économique
La question de la fréquentation des réseaux et de la diffusion de l’information associée n’est pas anodine.
Un exemple pour l’illustrer : j’ai découvert qu’une maison d’édition plutôt modeste ne communiquait que par Instagram. Elle a bien un site, mais pour consulter ses nouvelles, il faut impérativement un compte Instagram. Il est probable que je finisse par en ouvrir un pour enquêter, mais passons. Concrètement, cette maison n’a qu’un seul canal d’information, ne double pas sur son propre site, et donc… seul le public Instagram est informé ! Tandis que le public lambda (moi !) qui va sur le site d’un individu en espérant avoir tout, centralisé et accessible, croit qu’il ne se passe rien.
Pour revenir au jeu de rôle, mon sondage ne permet pas de résoudre clairement la question de l’accès à l’information, tout au plus de donner des pistes de réflexion pour des recherches complémentaires. Il faudrait creuser bien plus, et c’est davantage un travail qu’on mène dans un mémoire de sociologie. Cependant, au-delà de la « science » (la connaissance, la vérité…), il y a probablement des implications très concrètes :
- Le canal de communication est un choix (éclairé ou non) de l’éditeur
- Comment imaginer qu’un acheter puisse être au courant de quelque chose dont il aura du mal à être informé ? Je soupçonne une limitation des ventes pour les éditeurs aux personnes qui « savent » que le produit existe
- Je m’interroge sur l’orientation de la création et de la production vers les personnes déjà au courant
Si vous discutez avec des « insiders », bref, des gens qui travaillent dans les coulisses éditoriales, il y a régulièrement des échos d’inquiétude sur l’état du marché du jeu de rôle. Cela peut se résumer à :
- Le marché des souscriptions est saturé
- Le panier moyen diminue
- L’acheteur type est un homme collectionneur quadragénaire de catégorie socio-professionnelle moyenne à supérieure
- L’âge d’or était dans les années 1990 où il y avait vraiment beaucoup de rôlistes
- Le JdR demande du temps et c’est à la fois ce qui fait son charme et ce qui empêche d’y entrer.
Ces appréciations sont fondées sur des faits, mais elles sont largement intuitives, au sens de « pas toujours chiffrées ni décortiquées ». Mes interlocuteurs étant des professionnels sérieux, je ne doute pas qu’elles méritent d’être considérées et qu’on s’y attarde. Toutefois, sans statistiques solides, je reste prudente. De fait, je le suis avec les données même que je manie ici ! (Avec le risque de biais de sélection de l’échantillon du fait du canal de diffusion.) J’ai ces questions à l’esprit au moment de commencer à vraiment dépouiller les données.
🔍 Pour creuser davantage sur la problématique du temps de travail et de préparation associé au JdR, voici d’autres articles qui en traitent
Temps de travail en écriture de jeu de rôle
En quoi consiste le travail d’auteur de jeu de rôle ? Les différents types de tâches associés ?
La prise en compte du temps (réel) en création de jeu de rôle
Les discussions au cours du salon Octogônes 2024 m’ont amené beaucoup de questions, parmi lesquelles
🔷 Quelles sont les tendances ?
Je m’intéresse ici aux orientations de réponses tellement marquées qu’il est difficile de croire à un artefact ou une petite fluctuation aléatoire. Ces aspects représentent des réponses qui me paraissent aussi fiables qu’elles peuvent l’être dans les conditions de l’enquête.
■ Population rôliste
En premier lieu, on peut estimer qu’on a environ 1 femme pour 3 hommes; cette proportion est en évolution, là, sous nos yeux.
■ Depuis combien de temps jouez-vous?
● Côté Hommes
Chez les hommes on note des données assez équilibrées :
- 10% sont présents depuis plus de 40 ans !
- 33% sont là depuis plus de 30 ans
- Ils correspondent au mythique âge d’or des années 1990. Je n’ai pas connu les clubs ni les boutiques de cette époque, et même si je jouais, c’était hors de ces circuits. Je n’ai donc pas « vu » cette vague.
- 22% ont au moins 20 ans de pratique
- 11% ont au moins 10 ans
- Environ 22% sont là depuis moins de 10 ans.
- Ces données cumulent « au moins 5 ans » et « moins de 5 ans ».

Du côté « panel 2 », le camembert reste équilibré, mais avec moins de rôlistes de la période « 30-40 ans » et davantage de « 10-20 ans ». J’attends des données consolidées pour me faire un avis.
📍 Remarques
Les Hommes arrivent régulièrement dans le JdR depuis plus de quarante ans. Il semble bien y avoir eu un effet « années 1990 » pour ce loisir, correspondant au fameux « âge d’or ». Il y a forcément eu des tas de rôlistes qui ont arrêté, donc le fait d’avoir autant d’anciens dans la pratique suggère qu’il y a une véritable amour, qui dure dans le temps, et pour beaucoup. Il faudrait creuser davantage pour comprendre pourquoi l’investissement se maintient, en dépit de la contrainte du temps qui ne peut disparaitre, voire se pose davantage en travaillant.
● Côté Femmes
Les proportions sont très nettement différentes. Fini la répartition à peu près régulière de toutes les périodes !
- 1 seule répondante a signalé jouer depuis plus de 40 ans
- Côté « panel 2 » on monte à 3 !
- Pour la période « plus de 30 ans », c’est à peine mieux
- 9 répondantes en panel 1 (5%)
- 2 répondantes en panel 2
- Sur « 20-30 ans », on voit un changement fort
- 24 répondantes en panel 1
- 13 en panel 2
- Qui se confirme sur « 10-20 ans »
- 38 répondantes en panel 1
- 21 en panel 2
- Et sur la période « 0 à 10 ans »
- Panel 1 : plus de la moitié des femmes (58% pour : 40+59 répondantes) ont débuté récemment
- Panel 2 : environ 49% ont débuté récemment (25+12) → la différence des panels 1 et 2 sera à vérifier avec plus de données

📍 Remarques
Vous vous rappelez le « mythique âge d’or du JdR » ? Celui que tout le monde regrette dans le milieu de l’édition ? Eh bien, on peut raisonnablement supposer que c’était une période quasi dépourvue de femmes, ou alors qu’elles ont toute abandonné. Dans les deux cas, on peut s’interroger et questionner la réalité associée à cette nostalgie.
Je lis d’ailleurs un mini témoignage d’une femme : « [J’ai découvert le JdR] à l’école dans les années 90, mais j’étais une fille, alors pas moyen de jouer avec eux. »
Par ailleurs, si le marché du JdR parvenait à prospérer avec « seulement » des hommes, ça interpelle aussi. Désormais la féminisation est croissante, ce qui, logiquement, devrait tout de même contribuer à augmenter le nombre total de rôlistes. Alors… pourquoi ces problèmes pour vendre ? Même si le panier moyen diminue, une augmentation du nombre d’acheteurs devrait avoir une incidence.
Les répondantes sont en majorité venues au JdR récemment. Cette dynamique correspond au temps présent, et elle questionne sur l’évolution du paysage rôliste à une échelle de 5-10 ans. La « crise » qui est vécue dans les coulisses éditoriales, correspond-elle en fait à un changement des populations de joueurs ? Des usages ? (Ou à une vraie crise économique globale ?)
● Vue d’ensemble ?
Si le « rôliste homme type » a 25 ans de pratique, en revanche, la « rôliste femme type » a peut-être 8 ans de pratique ?
Du côté du questionnaire « NSP », avec 13 réponses, c’est difficile de se sentir très affirmatif : (0) 40-50 ans ; (1) 30-40 ans ; (1) 20-30 ans ; (5) 10-20 ans ; (6) 0-10 ans. La tendance serait donc (avec beaucoup de précaution) de voir dans les profils NSP des entrants plutôt récents, sur la même vague que l’arrivée de l’essentiel de la cohorte féminine.
■ L’entrée en JdR
Les partenaires de jeu éclairent sur l’environnement ludique en débutant, et se croise avec l’entrée en JdR. Il y a eu beaucoup de réponse « autre » pour préciser le démarrage :
- « Mon petit frère », « Mon grand frère »
- « Mon père, ancien rôliste »
- « Mes parents rôlistes »
- « Mon compagnon, rôliste »
- « Un cousin »
- « Un animateur » (colonie de vacances, lycée)
Les hommes (amis, parents, proches) sont massivement présents dans les parcours d’entrée dans le jeu de rôle. Les initiations et invitations par des femmes déjà joueuses ne sont signalé que chez 8% des femmes (15 répondantes) et 6% des hommes (35 répondants). Les amis (plusieurs, mélangés) sont bien représentés.
Globalement, l’entrée en JdR se fait beaucoup par l’intermédiaire de rôlistes : démonstrations, invitations, présentations… Chaque rôliste est un ambassadeur qui sous-estime sûrement son importance pour l’ensemble du loisir !
Les « aventures dont vous êtes le héros » ont davantage marqué les hommes que les femmes, et je soupçonne que c’est pour une question de génération. Je m’interroge dès lors : est-ce que de nouvelles ADVEH pourraient plaire et remplir ce rôle de présentation du loisir ? Cela questionne la politique éditoriale et de diffusion.
📍 Au passage, il existe désormais quelques ADVEH en romance, publiées par des éditeurs de roman ! Pour en savoir autant que moi…
Des aventures (romances) dont vous êtes l’héroïne
Les rôlistes sont souvent familiers des « aventures dont vous êtes le héros ». Le hasard m’a amenée à en découvrir une nouvelle version.
Les jeux vidéos utilisant des règles de JdR (type Baldur’s gate ») figurent des deux côtés, à peu près dans les mêmes proportions : 26% chez les femmes, 22% chez les hommes. Vu la taille des panels, on peut probablement considérer que c’est à peu près égal.
La presse papier est mentionnée, mais vaut surtout pour les périodes les plus anciennes. La balade sur Internet est nettement plus marquante en proportion: 22% chez les femmes, mais seulement 12% chez les hommes. En comparant avec le panel 2, on a des tendances similaires : Internet figure davantage chez les femmes que chez les hommes. Les répondants ont précisé et les découvertes sont essentiellement faites via les Actual Play sur YouTube. D’autres situations existent, mais sont à la marge de la marge :
- Quelques mentions de jeu par forum
- Des mentions de posts intrigants sur Instagram qui ont poussé à chercher plus loin
- Et un inattendu « en fait je cherchais le jeu de plateau DnD et j’ai découvert le JdR ».
📍 Remarques
Au vu de l’importance de la découverte en cercles privés et semi-privés (animateurs en lycée et colonie de vacances), je me demande si les éditeurs gagneraient à envisager une stratégie marketing « tuperware » : inviter, organiser, faire rêver, vendre.
- Un tel vendeur de JdR serait quelqu’un qui aurait une grosse bibliothèque, choisirait habilement le jeu à présenter et aurait un peu de stock chez lui. En fait, il serait une « mini boutique physique ». Pour l’éditeur, cela impliquerait par exemple de vendre à prix réduit (techniquement au prix diffusion du réseau pro) à un professionnel « micro revendeur ».
- Le micro-revendeur serait en quelque sorte « MJ Pro », avec une activité de présentation et animation en convention, des scénarios pour des animations en lieux historiques, et son petit stock qu’il peut écouler en direct.
- Ou bien un accord avec des éditeurs, pour faciliter la commande à prix « spécial » avec un code ou autre, et une commission sur la vente.
(Rappelons que Tupperware n’a pas survécu, donc cette réflexion est à considérer avec précaution… mais acheter une boite de conservation sur Internet, ce n’est pas la même chose que feuilleter un livre)
Je m’interroge aussi sur la sollicitation d’influenceurs Instagram et TikTok pour le « premier contact » de « hey, ça existe et c’est cool ». Difficile de savoir ce que ça donnerait, mais les Actual Play ont eu un rôle et l’enjeu serait de « toucher les gens qui passent du temps ailleurs que sur YouTube ».
■ Les partenaires de jeu
La question porte sur « quand vous avez commencé » et « maintenant ». Donc évidemment, quand on interroge un débutant, la progression risque de ne pas être flagrante.
● La composition des tables « en débutant »
Les tendances côté hommes et femmes sont similaires (et côté NSP, c’est presque identique que côté hommes).


Approximativement la moitié des hommes rôlistes ont débuté sur des tables 100% masculines, contre environ un tiers des femmes. Si on se rappelle les différences d’ancienneté, ce n’est a priori pas étonnant. Pour être sûr que c’est lié, il faudrait croiser l’ancienneté avec la réponse sur la composition de la table.
Le sondage ne permet pas d’évaluer la stabilité de la présence des femmes. Par exemple, très tôt, à mes débuts, j’ai eu des joueuses, mais c’était plutôt « la copine de » ou « la sœur de« , et elles étaient moins investies. En revanche, mes parties avec des rôlistes femmes actives (acheteuses, meneuses, autrices) est arrivée bien plus tard.
🔍 Remarque :
Quand une femme dit « j’ai 100% d’hommes à ma table« , elle appartient techniquement à une table « au moins 1 femme » chez les hommes… configuration qui correspond déjà à un évolution par rapport à « il y a vraiment seulement des hommes qui jouent » !
Donc du côté « femme », on peut considérer qu’il y a au moins 2 femmes à table sur la catégorie « 75% d’hommes », alors que le nombre n’est que de « min 1 » chez les hommes.
Il faut être donc prudent dans l’appréhension de ces données, car si la question est la même, la réponse n’a pas le même sens.
● La composition des tables « maintenant »
Retour au présent ! Les compositions des tables changent chez les hommes comme chez les femmes !


discerner un glissement vers des tables presque équilibrées ( de 1 sur 6 à 2 sur 6 ?). Sur des groupes de jeu de petite taille, il suffit d’une personne en plus pour changer de catégorie.
Dans tous les cas, les groupes exclusivement féminins restent marginaux ; les groupes majoritairement féminins sont très peu présents. De fait, à moins que les hommes cessent de jouer, la tendance devrait aller vers davantage de groupe mixte à peu près équilibrés. Pour la suite, il faudrait peut-être discerner :
- Aucune femme
- 1 seule
- Davantage
- 1 seul homme
- Aucun homme
Je me demande si ce ne serait pas plus parlant et exploitable.
■ Type de pratique de JdR
L’échelle de 1 à 10 sur le type de pratique (auteur, lecteur, meneur, joueur) n’est pas la plus aisée à lire. Quelques tendances peuvent être discernées.
● Auteur et spectateur : personne !
Peu de rôliste se voient comme « auteurs », c’est à peu près similaire des deux côtés. Même chose pour les spectateurs et simples curieux : leur proportion est anecdotique.
● Lecteur : un profil masculin
Le lecteur est majoritairement un homme. Et certains lisent beaucoup !
- On peut supposer que le profil « lecteur » est également un acheteur. Si je lis, alors j’ai une raison d’acquérir un livre même sans avoir le temps de jouer. Pour l’éditeur qui a justement un livre à vendre, c’est un facteur important.
- 🔍 Dans l’édition traditionnelle, les femmes sont considérées comme plus grandes lectrices. Donc l’absence de femmes dans le lectorat de JdR n’est pas le résultat d’un désintérêt de principe des femmes pour la lecture. Reste à déterminer pourquoi les femmes sont en retrait.
- ❗ Attention, car le panel 2 a beaucoup moins de « 1 » et un pic à « 5 »… mais si on regarde le nombre de réponses, j’ai : (1) 39 vs 11 ; (5) 22 vs 17. Donc… à ce stade, j’ignore si j’ai un artefact résultant de la taille des échantillons.


● Meneur : essentiellement un homme
Si on voit des femmes se mettre à la maitrise, le profil de meneur reste quand même massivement masculin. Par ailleurs, les personnes qui ne font « que » maitriser sont plutôt des hommes. Si on considère le point de vue éditorial de « mon client est la personne qui achète » alors on retrouve un homme.
- On trouve beaucoup d’hommes à 90-100% meneurs.
- On trouve beaucoup de femmes à 0-10% meneuses.


● Joueur
En panel 1 comme 2, on a le même schéma :
- La proportion de « joueurs » est répartie de manière très homogène chez les hommes
- A l’inverse, les femmes sont très majoritairement joueuses durant l’essentiel de leur pratique du JdR.


■ Des changements à venir ?
Une question portait sur des souhaits d’évolution de la pratique. Elle ne porte que sur des intentions, mais peut suggérer des dynamiques. L’aspiration à devenir « davantage meneur » signale un accroissement de l’investissement dans l’activité. On la repère chez 20% et jusqu’à un tiers des femmes. On se rappelle que les femmes sont en majorité entrées récemment dans le JdR. Dès lors, on peut se dire qu’il pourrait y avoir du changement dans la population des acheteurs dans les temps à venir.
En revanche, si on peut guetter les femmes du côté de la maitrise (et donc de la prescription d’achat pour les joueurs voulant acheter des accessoires), il n’y a pas d’aspiration à la lecture. D’un autre côté, chez les hommes non plus, et on peut se demander si certains « lecteurs » ne sont pas des meneurs qui n’ont pas trouvé de joueurs (ou de temps) et qui ont finalement pris plaisir à lire pour lire. Si c’est leur cheminement, et qu’il est transposable au futur pour les femmes, alors on trouvera des « lectrices » nombreuses d’ici 5-15 ans ?
Pour ce qui concerne la seule activité de lecture, il y a aussi matière à s’interroger sur les formats des livres. Comment concevoir des objets agréables à « lire pour lire, et peut-être jouer » ?


■ Les commentaires complémentaires des répondants
Comme le sondage ne peut tout couvrir, j’ai mis tout le long des espaces ouverts à des commentaires plus étoffés. Je tâche de vous présenter ici une synthèse plutôt que pointer chaque.
- Collectionneurs : il manque cette catégorie dans les activités de JdR ! Vu l’orientation « meneur » et « lecteur », je m’attends à ce que « collectionneur » soit massivement masculin. Mais au-delà de la plaisanterie, ça questionne aussi les parcours. Quelle est la « carrière » d’un rôliste ?
- JdR Solo : une catégorie non prise en compte, effectivement ! A voir si ce n’est pas presque un genre en soi, comme l’ADVEH ? Un sujet d’investigation !
- Une autrice de roman : bienvenue en JdR ! C’est une excellente école, et on voit l’écriture différemment ! Les possibilités sont distinctes, mais ça me semble formateur et stimulant.
- « J’en mange du JdR » : une catégorie au-dessus de « collectionneur » à envisager?
- « Les femmes sont joueuses, les meneurs et les auteurs des livres sont des hommes » : heureusement, pour devenir meneuse, il n’y a aucun plafond de verre, il faut juste annoncer qu’on lance une campagne ! Quant à devenir autrice, la phase 1 consiste à s’entrainer et à écrire. Une fois qu’on sait proposer des textes qui se tiennent, on peut passer en suppléments gratuits pour des jeux publiés (et se faire connaitre), ou se faire connaitre autrement, dans les conventions, ou n’importe quel réseau. Cela dit, l’écriture pro en JdR est un vaste sujet, et globalement, la situation est bien pire qu’en édition classique, qui est déjà très mauvaise.
- « Organisateur de festival / GN » : il y a effectivement l’implication associative que j’ai oubliée !
- « Les personnes non binaires et queer sont désormais plus présentes qu’avant » : c’est une dimension que je n’avais pas pensé à investiguer, ma question était initialement inspirée par mon parcours éditorial et l’arrière-pensée de type « comment on fait pour doubler la clientèle ? » 💸
- De mauvaises expériences signalées par des femmes : des partenaires de jeu trouvant le viol normal par « réalisme », ou se montrant agressifs, ou juste ne laissent pas de place aux autres. Quelques signalements de manque de savoir-vivre en club. Et le signalement que changer de table, c’est le jour et la nuit en terme de confort et de bien être. Un témoignage évoque un café ludique travaillant à être un lieu sûr, et qui a vu sa clientèle être 50-50. Dans certains clubs, on signale avec fierté et joie une arrivée massive de femmes (représentant un tiers des effectifs).
- « Le JdR par forum » : j’ai beaucoup joué aussi ! J’ai trouvé que ça permettait d’avoir une approche différente, plus psychologique, avec moins de « il faut suivre le groupe et être d’accord quand on n’est pas d’accord »
- Difficulté à recruter des joueuses : ça questionne peut-être la notion de loisir, de ce qu’on priorise. Là, il faudrait creuser, cas par cas.
- « Il manque la dimension podcast / actual play » : noté.
- « Je joue avec les mêmes personnes depuis XXX« .
- « Moi et mes amis n’avons jamais utilisés de vrai livre de règle, tout est full Homebrew » : j’ai commencé comme ça, et heureusement que tout le monde ne fait pas ça, sinon ce serait difficile de travailler ! 😅
- « Je manque de temps«
- « Je suis grand lecteur ET grand consommateur d’actual play ET grand meneur » : l’échelle 1-10 est imparfaite ; je tâcherai de trouver mieux
- « Je passe désormais plus de temps à écrire des roman et au jeu par forum » : assez similaire de mon côté, si ce n’est que j’ai remplacé le jeu par forum par le roman 📚
- « Le sondage n’est pas assez professionnel » : si vous avez des compétences en la matière, faites-vous connaitre auprès de la FFJDR, elle est très demandeuse ! Vous serez bien accueillis, et le milieu du JdR est très intéressé aussi d’avoir des informations !
- « J’ai fait un burnout de MJ à force d’être trop souvent MJ » : je me suis aussi mise beaucoup en retrait par épuisement de maitrise. Certains signalent un manque de Meneurs justement, ou le cauchemar que c’est de devoir s’y coller quand personne n’y va. Je dois beaucoup à la maitrise, j’ai beaucoup appris grâce à elle.
- « J’ai commencé il y a 37 ans, mais j’ai quand même débuté avec D&D1 ! »
- « Développeur » : à côté des auteurs, il faut compter les développeur pour des outils de VTT / distanciel
- « Mon premier MJ était unE MJ ! Elle avait même créé l’association de Jeu de Rôle de son lycée dans les années 1990«
En conclusion ?
Mercredi prochain, ce sera le jour de l’article « bilan du mois d’octobre ». Toutefois, il est bien prévu d’enchainer très vite sur la suite du dépouillement du sondage. Je constate avec ce premier article qu’il faut compter dans les 7 heures pour passer en revue les réponses, et développer ce que j’en retire. C’est très intéressant, mais un sacré morceau, mine de rien ! Je réfléchis à comment livrer tout ça sans faire trainer. Peut-être un tous les 15 jours ? Je vise pour le moment cette fréquence.
A suivre ! ✨
🔍 Pour découvrir une autre série thématique : le temps


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