En décortiquant ce qui me heurtait dans mes lectures, j’ai fini par identifier le fond du problème : mon attachement aux univers et à ce qu’ils disent, au-delà de la seule intrigue. Ce n’est pas une question cosmétique, en fait, elle est même au centre de ma démarche de création depuis longtemps. Pour être concise, je parlerais ici de « social fiction », en référence à la « science fiction ». L’approche influe jusque sur mes méthodes, et c’est précisément l’objet de ce premier article de la série.
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Références : (aucune spécifique)
Sommaire
- 🔷Mener des recherches
- 🔷 S’organiser pour chercher lentement
- 🔷 Et si on a un objectif ?
- 🐭 En conclusion ?
📍 Les analyses d’œuvres incluent toujours des éléments sur leur contenu. Si vous craignez d’être divulgâché, vous pouvez utiliser les titres des paragraphes pour vous faire une idée de leur thème.

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🔷Mener des recherches
La création d’un univers cohérent s’appuie sur des données issues de domaines aussi différents que l’économie, la sociologie, l’histoire, les sciences naturelles ou le droit. Cette diversité et le travail d’organisation associé suscite la sensation de profondeur, de vie et d’immersion. Il existe deux grands types d’attitude face à la recherche.
■ Chercher à partir d’une idée précise
Vous avez un concept de roman ou d’univers de jeu, ou un projet de non-fiction, et vous avez conscience de vos lacunes, tout en étant désireux de créer un texte profond, cohérent, solide.
La méthode classique consiste à aller du général au particulier :
- Prendre une encyclopédie, et consulter les sources associées à un article
- Plonger dans le catalogue d’une bibliothèque universitaire (ou celle d’OpenEdition) en testant des mots-clefs et leur combinaison
- Lire et prendre des notes
- Consulter les bibliographies des ouvrages, et poursuivre de proche en proche
🔍 Vous cherchez des ressources, j’ai rassemblé mes favorites ici :
Depuis que j’explore Substack (pour m’y retrouver), je vois beaucoup d’utilisateurs enthousiastes des Intelligences Artificielles génératives. Si vous cherchez avant tout un résumé rapide de données accessibles en ligne, ces outils répondront à vos besoins.
■ Mener une veille documentaire lente
En observant les méthodes visant à obtenir des synthèses plus vite, je constate que mon approche est en fait différente. On pourrait presque dire que la perte de temps est un élément central de ma logique de travail. Ce n’est pas accidentel, mais bel et bien délibéré. Pourquoi ?
● L’importance de l’association d’idées
Ma veille documentaire « lente » fonctionne selon des modalités comparables au « mode par défaut » du cerveau, comprendre par là « la rêverie ». Concrètement : quand je lis quelque chose qui éveille une émotion, elle est parfois confuse, et je ne sais pas ce que je peux en faire. Je ralentis, et j’essaye de comprendre à quoi je l’associe, quelles images elle suscite. Selon les cas, j’ai soudain une idée claire, ou sinon je me mets à expliciter par écrit ce que je comprends de ma ressource, ce qu’elle m’évoque. Peu à peu, la structure cristallise et aboutit à une véritable idée.
Le déclic est parfois dû à l’ordre de lecture, même de simples brèves. En définitive, ce n’est pas souvent le contenu profond, informationnel et « dur » qui est retenu ou utilisé. Ce sont les détails, les miniatures, les noms de lieu, etc. En d’autres termes, une synthèse des données « principales » ne m’est guère profitable, car je me nourris très souvent des notes « mineures ». Par ailleurs, si toutes les informations sont condensées et à retenir, alors je dois aussi maintenir ma concentration sur le sens au cours de la lecture. Or, c’est précisément la relâche de l’esprit qui m’est profitable, et cet état fonctionne mal pour moi sur des textes de ton administratif ou plat (Wikipédia inclus).
🔍 Des articles illustrant la dérive par association d’idées
Créer des mythes (2) – Légendes insulaires en Artland et dérives des idées
Au travers de la lecture de brèves d’actualité, la création de contenus en dérives d’associations d’idées.
Les clones de culpabilité : les inspirations et la construction d’un enfer
Un exercice de création : passer de la lecture d’un ouvrage de SF horrifique à un enfer et ses trames dramatiques.
● Chercher ce qu’on ignore ignorer
Quand on mène une recherche précise (comme une définition de mot, ou une détermination d’espèce), on braque un projecteur sur les ressources, et on veut aller vite au résultat. Dans ces cas, on sait qu’on ignore une information, et on sait qu’elle existe, et on arrête de chercher une fois qu’on a la réponse.
Dans le cas d’une veille systématique et ouverte, avec une place donnée au hasard, on cherche précisément à trouver des choses dont on ignorait qu’on les ignorait. La surprise et parfois l’incompréhension font partie de l’exercice.
- Quand j’ai acheté mon premier livre en psychologie sociale, je n’y connaissais rien, et j’ai eu du mal à tout comprendre.
- Même chose avec mes premiers ouvrages en mythologie comparée (Claude Lecouteux et Bernard Sergent m’ont vraiment mise en difficulté par moment !).
- Et pareillement avec mes débuts dans la revue « Pour la Science » avec des articles en physique des particules où je relisais plusieurs fois des phrases sans rien comprendre.
- … et je ne comprends toujours rien ou presque aux articles de mathématiques pures !
Comme le but est de créer, la compréhension réelle est appréciable, mais parfois secondaire. Ce qui compte : se familiariser avec les problématiques des disciplines (ce qui marche ou pas, ce qui est difficile, ce qui fait débat et pourquoi). C’est important, car ça permet de repérer les bêtises majeures en création d’univers. Même si on ne maitrise pas en profondeur une matière, on « sait » (désormais) qu’il existe une fragilité qu’il faudra régler.
Par exemple : même si on ne comprend pas en profondeur la causalité, une fois qu’on a commencé à se familiariser avec la notion, on devient attentif à ce qui rend si problématique les voyages dans le temps.
🔍 Exemples des dérives à partir d’articles et de ressources sur le temps
● Échanger avec soi-même dans le temps
Quand on travaille en veille lente, on opère des associations d’idées sur le moment (entre deux brèves lues successivement) et entre ce qu’on sait et ce qu’on vient de découvrir.
L’idée est alors d’organiser ses fichiers pour permettre à votre « moi futur » d’insérer facilement des données qui répondront à celles déjà là. C’est ainsi que je retrouve d’anciennes notes, et que je peux les confronter pour en faire autre choses.
🔷 S’organiser pour chercher lentement
■ Choisir le classement mère
Mon arborescence de classement connait deux éléments importants :
- Les civilisations : chaque civilisation est centrée sur un ensemble d’ambiances et une esthétique, c’est à dire un groupe d’émotions. Il m’arrive de commencer par une ligne graphique (des couleurs, des formes, des lieux) et ensuite développer les éléments textuels, ou l’inverse.
- Les fichiers transversaux : je rassemble aussi des données plus techniques, sur la démographie ou la criminologie, qui me servent à plusieurs endroits.
Il s’agit évidemment de déterminer ce qui nous parle. Ma logique est spatiale, je rassemble mes informations dans plusieurs pays et j’en rajoute à chaque fois que j’en ai besoin. Les contrées sont similaires à des questions pour moi. Les émotions associées forment un programme de ce qui m’intrigue, me heurte, m’amuse. Le développement du cadre et les histoires qui s’y déroulent sont des réponses à ces questions trop floues pour être verbalisées.
🔍 FIM est à la fois un univers, un système de jeu de rôle, et une méthode de classement de ma documentation
■ Le classement secondaire
Le deuxième niveau de classement se situe à l’intérieur des civilisations, avec un plan type :
- Introduction : ma bibliographie, mes intentions dramatiques, d’où je pars
- Culture : arts, économie, société, etc.
- Extraordinaire : bestiaire, magie, corporation, etc.
- Territoires : villes, régions
- Campagnes : scénarios
Le nombre de sous-titres varie selon le cadre, et il y a des adaptations selon les spécificités de la civilisation. L’intérêt du squelette type, c’est que je sais où mettre les informations et où les chercher (control + F est utile aussi).
🔷 Et si on a un objectif ?
La méthode de veille lente est adaptée à des projets au long court, ou collaboratifs.
- On pose en Introduction une section sur les intention : ambiance, type de situation jouée, style d’histoire… Il s’agit de la racine. Ce peut être une question (sur l’usage des intelligences artificielles dans un cadre éthique par exemple) ou des images ou une intention. Dans le cas du Regenland et d’In-Existence, j’ai travaillé notamment autour de l’idée « comment faire pour avoir des éléments tirés de l’esthétique des films de gangsters, mais sans le sexisme structurellement associé ? (et sans affadir par une résolution superficielle) » .
- Ensuite, on place dans les sections les lignes essentielles du cahier des charges.
- Après, on a de toutes façons l’esprit « branché » sur le projet, et tout y fait penser à un degré ou un autre. On trouve très vite des liens et des idées. On remplit en gardant à l’esprit un point fondamental : chaque ajout doit être cohérent avec les données précédentes. S’il y a une friction ou si on voit une anomalie, il faut la résoudre immédiatement et en profondeur. Les réponses apportées singularisent l’univers et constituent des éléments de réponses, le message de ce cadre.
On voit ici qu’on peut partir d’une structure lente et aller vite. Dans mon expérience, cela s’est toujours fait en puisant dans mes ressources constituées lentement. Cela posé, j’ai conscience du temps insensée que cela prend, de sorte qu’il faut vraiment aimer la recherche en elle-même pour s’y adonner en mode tortue. Je pense que ça en vaut la peine (à mon sens, mes textes nourris de la sorte sont meilleur), mais si le temps est un enjeu, il faut procéder par recherche ciblée.
A un degré moindre, la démarche est la même pour créer un « bac à sable » en jeu de rôle. J’y reviendrais.
🐭 En conclusion ?
En veille ouverte et systématique, il faut aussi faire le deuil de l’achèvement. On n’a jamais fini et c’est impossible de traiter toutes les merveilleuses ressources qu’on a à disposition. Le choix, la priorisation le coup de cœur ou juste le hasard, jouent au final un rôle important dans le monde de création.
A suivre pour d’autres recherches ! ✨
🔍📚 Pour poursuivre votre visite sur FIM


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