Ma veille sur le monde de l’édition m’a amené à un point sur les grandes maisons d’édition et de quoi comprendre en quoi l’affaire Grasset est instructive sur la relation entre auteur et éditeur.
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Les articles « In-Existence et l’édition » mêlent journal d’écriture du projet « In-Existence » et recherches sur le monde de l’écriture, depuis les groupes de jeunes auteurs jusqu’à la promotion des ouvrages publiés. Il s’agit pour moi de me soutenir moralement dans l’avancée de mon marathon tout en comprenant mieux comment mon travail se place au milieu de tous les autres.
Sommaire
📍 Les analyses d’œuvres incluent toujours des éléments sur leur contenu. Si vous craignez d’être divulgâché, vous pouvez utiliser les titres des paragraphes pour vous faire une idée de leur thème.

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🔷 Le groupe Hachette et Grasset
■ Introduction aux groupes d’édition
La chaine de « Jeannot se livre » propose des enquêtes et des analyses sur des ouvrages ou le monde de l’édition. Dans « Qui possède les LIVRES ? », elle s’attarde sur le phénomène de concentration dans l’édition et les incidences. C’est une base didactique pour comprendre rapidement les groupes en présence, avec :
- Rapide historique des rachats et de la concentrations depuis les années 1960
- Les grands groupes, les groupes secondaires, les principaux indépendants, les petits acteurs…
- L’importance névralgique des « Relay » dans les gares.
- Les particularités de la concentration d’entreprises entre les mains de Vincent Bolloré (en bref : il a des entreprises clef dans chaque domaines de l’édition et des médias, incluant la très sensible distribution ainsi que les forts stratégiques « Relay »)
📝 Cette vidéo a été publiée avant le séisme provoqué par l’éviction d’Olivier Nora à la tête de Grasset.
■ Une infolettre de Substack spécialisée dans la revue de presse sur l’édition
L’infolettre « Sous l’œil du gendarme » est toute récente, mais tombe à pic pour suivre tous les détails de l’affaire Grasset. En deux épisodes, vous aurez tout ce qu’il faut pour suivre :
- Une revue de presse étendue, prenant en compte les publications récentes et plus anciennes dans plusieurs journaux (Le Monde, Le Figaro, Livre Hebdo, Libération…).
- Un compte-rendu détaillé : qui, quoi, quand, comment, pourquoi
- Les auteurs qui déclarent vouloir désormais quitter Grasset et mettre un terme au contrat qui les lie ; un parallèle avec des cas similaires d’auteurs chez Fayard.
■ Des articles et des tribunes
Il y a tellement d’articles, d’émissions, de tribunes qui se succèdent à un rythme dense, que je n’ai pas fait le tour de la totalité encore. Si vous êtes intéressés, voici quelques liens :
📝Quels enseignements pour les auteurs ?
■ Il n’y a pas que la ligne éditoriale
Les conseils aux auteurs pour les soumissions évoquent régulièrement la « ligne éditoriale » d’une maison d’édition. Il s’agit de ne pas envoyer son manuscrit à un éditeur qui le refuserait automatiquement. Par exemple:
- Envoyer une romance à une maison n’éditant que des polars
- Envoyer un roman socialement conservateur à une maison affichant un engagement progressiste marqué
Cependant, dans ces conseils, je n’ai pas souvenir d’avoir croisé le conseil réciproque : « Attention à ne pas être édité par une entreprise dont vous ne partagez pas les valeurs« . En un sens, c’est logique : le refus se fait en premier lieu par l’éditeur.
■ L’évolution du catalogue et la confiance du public
Dans les articles que j’ai consulté récemment, sur Le Monde et Courrier International, j’ai surtout trouvé mention du « catalogue ».
Le « catalogue » est associé étroitement à la réputation d’une maison d’édition. Les œuvres d’auteurs respectés marquent ce catalogue. Chaque nouvel entrant rejoint ce groupe, et renforce son aura par la qualité de son travail. L’enjeu pour l’éditeur est donc d’assurer une sélection (et un travail éditorial de qualité) sur la durée. Il gagne ainsi la confiance du public, qui ose plus facilement acheter une œuvre nouvelle.
Ainsi, à première vue, le catalogue est avant tout un enjeu de la bonne santé de l’éditeur sur le long terme.
Que se passe-t-il quand le catalogue évolue ? Quand l’éditeur, qui assurait son unité et sa qualité, est remplacé ? En toute logique, le public évolue, mais difficile d’imaginer que ce soit une justification pour permettre à un auteur précédemment de mettre fin au contrat.
■ Des demandes d’extension du droit moral
Du côté des auteurs, il y a une demande à étendre le droit moral à des changements de politique éditoriale. Un modèle évoqué plusieurs fois consiste à permettre aux auteurs de quitter une maison d’édition en cas de changement à sa tête. Les journalistes, dans un cas comparable, ont des facilités de départ.
Une extension du droit moral devrait être claire pour préciser quand, comment et à quelles conditions le départ se ferait.
- Autant, le départ au changement de direction serait relativement simple à mettre en œuvre, autant l’adoption d’une loi en ce sens ne résoudrait rien pour les auteurs de Fayard et Grasset. Leur problème serait en effet antérieur à la loi, qui ne peut être rétroactive (sauf adoucissement d’une peine).
- Si on associe le droit moral à des considérations politiques, c’est aussi compliqué à mettre en œuvre, car le programme politique appliqué n’est pas nécessairement explicite. Il faudrait alors démontrer devant le juge que la publication de tel autre auteur aurait constitué un motif par lequel on aurait refusé par le passé de signer avec l’éditeur.
Une autre solution, plus simple, consisterait à envisager plutôt des contrats de d’édition de durée plus courte, mais cela implique aussi pour les éditeurs la possibilité de se défaire d’auteurs vendant peu. La solution la plus juste (ou la plus sûre pour les auteurs) n’est donc pas évidente pour moi.
💬 La vulnérabilité de la majorité des auteurs
Une chose est sûre : hormis dans le cas d’auteurs très bien installés dans le paysage culturel, quitter un éditeur constitue une prise de risque, presque assurément en défaveur de l’auteur.
Illustration de la difficulté d’aller d’un éditeur à un autre avec le même texte, dans un contexte très différent : les auteurs édités dans de petites maisons d’édition qui ferment témoignent (sur les réseaux que j’ai consultés) d’une grande difficulté à retrouve un éditeur par la suite. Autant dire que dans le cas d’un départ volontaire, cela ne sera pas plus aisé.
■ Le cas des contrats intuitu personae
Parmi les (futurs ex ?) auteurs Grasset, certains se distinguent par une clause de leur contrat : ils sont liés directement à la personne de l’éditeur, ici Olivier Nora. De ce fait, ils partent automatiquement avec lui au moment de son départ.
Cette clause nécessite d’avoir une grande confiance dans l’éditeur « personne », davantage qu’en sa « maison ». C’est donc un choix particulier aussi, qui comporte a priori ses propres prises de risque.
Elle a en tous cas le mérite d’offrir une piste de réflexion dans un contexte de concentration éditoriale, d’achats et de ventes, avec parfois des évolutions politiques imposées par le propriétaire.
🐭 En conclusion
Derrière l’évolution de Fayard et de Grasset se posent pour moi des questions autour des contrats d’édition et des possibilités pour les auteurs de récupérer leurs droits quand le contexte évolue. Comment peuvent-ils le faire ? Quand est-ce opportun ?
… et comment cela évoluera-t-il dans les prochaines années ?
A suivre ! ✨
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