Social fiction (2) – Sexes et genres dans la création de sociétés

Publié le

par

Dernière modification :

En jeu de rôle, on peut distinguer les cadres « égalitaires » des « non égalitaires ». En pratique, jouer une femme est neutre ou c’est un handicap. Ce handicap se manifeste majoritairement par des lois et des normes inégalitaires (en gros, on est maltraité par les PNJ).

Dans mon expérience du travail sur des ouvrages commandés par des éditeurs de jeux de rôle, la question de l’égalité s’arrête là. Il y a parfois une justification à l’égalité, avec l’existence d’une reine puissante, ou d’une déesse dont on suit les préceptes, mais c’est tout. C’est compréhensible : le jeu de rôle n’est pas le medium idéal pour explorer des subtilités anthropologiques. On vient pour l’aventure ! Le dragon ! Les ruines !

Il me semble néanmoins qu’on gagne à prendre un peu de temps à réfléchir à ces questions lors de la création d’univers, en particulier dans une optique « roman », car cela va influencer les parcours de tous les personnages.

Références : (aucune spécifique)

Sommaire

  1. 🔷Le choix des mots et d’un type d’égalité
    1. ■ De l’importance de la prise d’une décision consciente
      1. 📝Panorama d’implications des genres d’une société
    2. ■ Non binarité et genres exotiques en science-fiction
      1. 📜 Des implications dramatiques quand on sort du couple
    3. ■ Les choix sur In-Existence (et FIM)
  2. 🐭 En conclusion ?

📍 Les analyses d’œuvres incluent toujours des éléments sur leur contenu. Si vous craignez d’être divulgâché, vous pouvez utiliser les titres des paragraphes pour vous faire une idée de leur thème.

Hormis les citations et les images

🍨📚 Inscrivez-vous à la newsletter pour ne manquer aucun article et recevoir ceux réservés aux abonnés !

🔷Le choix des mots et d’un type d’égalité

■ De l’importance de la prise d’une décision consciente

Votre premier choix pour votre univers consiste à prendre une décision à propos des termes utilisés. Quelle qu’elle soit, elle orientera la perception du texte par le lectorat. Voici des exemples pour illustrer le problème :

J’étais là, et je peux témoigner que dans aucun des deux cas il n’y avait de volonté de manquer de respect à quiconque. Si on avait fait un sondage, je gage que les personnes investies dans les équipes se seraient décrites comme progressistes et très soucieuses des débats de société autant que du respect des minorités ou de l’inclusivité. En d’autres termes, le problème provient moins de la sensibilité aux valeurs que du temps passé sur la question. Et là, je peux aussi le dire : il était faible à inexistant (selon les phases du projet). Le cœur du travail était ailleurs : système, direction artistique, pistes d’aventures, etc.

Concrètement, le fait de décréter l’égalité a eu pour corollaire de penser que le débat était circonscrit et dépourvu de conséquence comme d’implications. Or changer une pièce dans une structure sociale a une influence sur beaucoup d’autres qui y sont liées. C’est d’autant plus vrai dans le cas des rôles sociaux et des représentations.

📝Panorama d’implications des genres d’une société

  • Quelles sont les valeurs partagées ? A quoi ressemblent les héros des mythes ? D’ailleurs, que racontent les mythes ? Quels trésors et artefacts les aventuriers cherchent-ils ? Quelles sont les forces du Mal et que veulent-elles ? Comment agissent-elles ? Comment s’intègrent-elles dans la vision du monde ?
  • Quelles attentes les parents projettent-ils sur les enfants ?
  • Qui est-il légitime d’épargner dans un combat ou un massacre ? Qu’est-ce qui est déshonorant, avilissant ?
  • Quelles sont les romances qu’on célèbre ? Et les amours interdites ?
  • Comment aborde-t-on la question de la force physique ? Et la grossesse? Les maladies spécifiquement féminines (endométriose) ?
  • Qui hérite ? Comment partage-t-on le patrimoine dans un contexte féodale et de lignée ?
  • Qui a des raisons de se révolter et de vouloir se venger ?
  • Quelle est la place des violences sexuelles (perceptions, gestions)?
  • A quel point un « chef de famille » a-t-il de l’autorité ? Qui choisit en cas de désaccord autour de l’éducation d’un enfant ?

🔍 Un exemple de ce qu’un seul détail peut changer le monde

■ Non binarité et genres exotiques en science-fiction

Dans mes explorations des rayons de la bibliothèque de Mortagne-au-Perche, j’ai croisé deux cas de prise en compte des débats sur les genres, à chaque fois en science fiction :

Sur les livres à publier, j’ai aussi croisé des réflexions sur la langue. Par exemple, dans l’article « On écrit bientôt ensemble ? » de Lorelei Lenn le 24 mai 2026.

Le correcteur va pouvoir s’amuser : comme je l’ai déjà évoqué rapidement, l’une des langues parlées par les personnages est le néo-français, un français non genré. Mon point de départ linguistique a été de me dire : est-ce que, plutôt que de chercher de nouvelles formes non genrées, je peux donner un nouveau sens aux formes que nous avons déjà ? J’ai quand même inventé des pronoms pour pouvoir créer de nouvelles nuances. Au lieu de nous donner des informations sur le genre des personnages, les pronoms et accords nous apportent donc d’autres informations… Que je ne vous partagerai que sur demande, histoire de ne pas spoiler les personnes qui préfèrent tout découvrir à la lecture !

Bonne nouvelle pour vous : le personnage principal galère avec cette nouvelle langue et vous tiendra par la main tout du long. Je suis assez fière de comment la langue est introduite par petites touches au début, et de la manière dont elle coule. On comprend forcément la phrase qu’on lit, la structure reste la même. On décèle plein de petits détails subtils si on choisit de se pencher dessus, mais ce n’est absolument pas nécessaire à la compréhension globale de l’histoire. J’ai très hâte que vous découvriez ça.

Ces exemples visent à donner un aperçu des recherches et des expérimentations en cours. Selon ce que vous visez, il y a peut-être des systèmes de présentation du genre qui seront appropriés à votre projet.

📜 Des implications dramatiques quand on sort du couple

En termes de création d’univers, sortir d’un couple (deux personnes, peu importe leur sexe) conduit à des questions qui ont un impact sur l’histoire, y compris en jeu de rôle. Par exemple :

  • Qui hérite de qui ? (histoire de meurtres et autres « on cherche l’héritier ») Comment se passe la transmission du patrimoine ? Ou de titres ? Ou de pouvoir magiques héréditaires ?
  • Sauver mon enfant / mon conjoint ? Dans une relation polyamoureuse, on implique au minimum plus de gens.

■ Les choix sur In-Existence (et FIM)

Pour ce qui me concerne, j’ai résolu le problème différemment. J’utilise le terme « sexe » pour ce qui relève de la biologie (en gros, être XX ou XY) ; le « genre » désigne pour ce qui est des rôles sociaux, des représentations associées. Ceux-ci sont binaires, mais dissociés du sexe :

Remarque : les pôles sont comme « chaud » et « froid », en absence de qualificatif, on a du « tiède ». En fait, le « normal » n’est ni husser ni waffer, il est juste médian.

Fondamentalement, ce n’est pas très éloigné de « yin » et « yang », mais ces termes sont d’une part de sonorité asiatique (donc pas adaptée à mon cadre) et d’autre part fortement associés à un sexe. L’intérêt du néologisme, même s’il importe des groupes de représentation de notre monde, c’est qu’il est plus facile de l’accepter comme une réalité distincte.

Dès lors avec ce modèle, « féminin » est utilisé pour décrire la biologie des femmes (système hormonal, reproductif, etc.) et les traits sexuels secondaires (poitrine, voix, etc.). Un vêtement « féminin » met particulièrement en avant les traits sexuels secondaires (décolleté pigeonnant par exemple), mais peut être indifféremment de style « husser » ou « waffer » (ou « normalement neutre »). Par extension, au Regenland, on donne du neutre « Menestre » par défaut, tandis que « Monsieur » / « Madame » ont des connotations : maturité, couple, famille, lignage, dynastie, sexualisation, reproduction…

Parmi les intérêts que je vois à cette construction : on peut l’utiliser dans un cadre ayant une saveur historique (années 1930-1950, ou plus ancien). Je l’avais initialement conçu pour un cadre féodal, en mettant l’accent sur le droit d’ainesse. Le waffer est initialement l’ainé, peu importe son sexe. En partant de là, on a toute une structure sociale avec des mariages nécessairement entre un waffer et un husser. Deux wafferen ensemble, ce serait l’assurance d’un désastre.

🐭 En conclusion ?

Vouloir jouer (ou écrire) dans un cadre égalitaire n’est pas si facile. Chaque changement par rapport à notre monde a des conséquences sur la vie des personnages dans la fiction. Cet article n’en donne qu’un bref aperçu.

Tous les choix peuvent aboutir à des résultats intéressants. Cela me parait fructueux de se demander posément :

  • Quelle ambiance je vise ?
  • Quels conflits je veux décrire entre mes personnages ?
  • Comment mes personnages se sentent-ils par rapport à leur société?

A suivre pour d’autres recherches ! ✨

Un tilleul

Laisser un commentaire

Un site WordPress.com.