Trouver des livres qui nous intéressent

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En menant mes recherches sur le monde de l’écriture, j’ai croisé le sujet de la communication à de multiples reprises. Il apparaissait soit directement (mention explicite) soit en creux (manque, signalement de difficultés). Cet article explore une partie de ces questions.

Aujourd’hui : il est parfois très difficile de trouver ce qu’on aime, et forcément, ça va poser problème d’acheter un livre si on ignore qu’il exister. J’aborde la question de la visibilité et des outils pour trouver ce qu’on cherche, en partant du cas d’une connaissance qui se plaignait de ne justement pas dénicher de nouveautés dans ses goûts.

⁂

Les articles « In-Existence et l’édition » mêlent journal d’écriture du projet « In-Existence » et recherches sur le monde de l’écriture, depuis les groupes de jeunes auteurs jusqu’à la promotion des ouvrages publiés. Il s’agit pour moi de me soutenir moralement dans l’avancée de mon marathon tout en comprenant mieux comment mon travail se place au milieu de tous les autres.

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Sommaire

📍 Les analyses d’œuvres incluent toujours des éléments sur leur contenu. Si vous craignez d’être divulgâché, vous pouvez utiliser les titres des paragraphes pour vous faire une idée de leur thème.

Hormis les citations et les images

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🔷La visibilité

■ Des autrices venant de la communication et du marketing

En me promenant sur Bookstagram et Substack, il m’est apparu que certains profils étaient bien plus visibles que les autres. Beaucoup d’autrices autoéditées ou hybrides (autoédition sur certains livres, éditions sur d’autres), et certaines en édition traditionnelle pure, partageaient un point commun : elles venaient du marketing ou de métiers de la communication.

En arrivant dans l’édition, elles ont amené avec elle leur savoir-faire professionnel en matière de publications : stratégies pour pousser un « reel », rythme, programmation, etc.

En suivant les publications Substack du « Club des auteurs indépendants » (on aurait pu accorder au féminin vu le nombre de femmes), les intervenantes m’ont confirmé cette tendance. En bref : soit on vient de ces milieux, soit on s’y forme. La course à la visibilité se fait avec des professionnelles qui sont bi-classées autrice/communicante.

Dans l’article « Vivre de l’écriture c’est possible », l’autrice autoéditée Élise Sardan précise qu’elle passe 70% de son temps sur la communication. En tant qu’autoéditée, toutes les rentrées sont pour elle, mais elle fournit un travail considérable pour soutenir la visibilité de son travail.

■ Bookstagram & Booktok : quel lectorat?

Je manque de données statistiques chiffrées, je ne peux m’appuyer que sur une appréciation empirique, biaisée par l’algorithme qui tend à créer des bulles de contenus similaires. Pour vous donner une idée : mon fil Instagram est à 100% livre, et presque uniquement des contenus d’éditeurs, de professionnels du livre, et des autrices. Pas un seul conseil en maquillage ou photo de voyage. Comme si ça n’existait pas.

De ce que je comprends des discours des autrices communicantes, leur terrain d’action est triple :

Certaines ont aussi des chroniques sur YouTube, d’autres des infolettres sur Substack, donc ce n’est pas aussi restreint, mais le top 3 des priorités semble être celui-là.

En l’état, mes impressions sur les lectorats :

Pour moi, il n’est pas clair du tout que tous les lecteurs de France suivent les publications Instagram. Quand je discute avec mes camarades sur Discord, (lecteurs d’imaginaire donc), ils ne me disent pas « oh tiens, voilà mon compte insta, parlons bouquins ». En revanche, de jeunes autrices sur des serveurs Discord d’entraide et soutien à l’écriture ont ce réflexe. J’ai tendance à en déduire que la communication sur ces réseaux ne touche qu’une frange de la population.

Le pompon? Les éditeurs qui n’ont pas de site internet, juste une page Instagram. A la base, j’ai créé mon compte précisément pour mesurer l’ampleur du phénomène. Je constatais que je n’arrivais pas à obtenir d’informations sur certains professionnels. D’ailleurs, des nouvelles d’appels à texte passaient uniquement par ce canal.

Je me demande donc si l’un des problèmes du livre actuellement tient à la diffusion de l’information :

■ Et le lectorat « waffy-nerd »? (exemple)

● Un néologisme pour résumer

Qu’est-ce que c’est que cette catégorie ? Je peinais à trouver un titre satisfaisant, alors j’ai opté pour « tant pis, je bricole un nom ».

  • Nerd : parce qu’on parle quand même de gens qui s’intéressent à l’imaginaire et aux dés avec des nombres de faces rigolos. Principal intérêt du terme ici : il est court.
  • Waffy : dans In-Existence, « féminin » et « masculin » s’appliquent exclusivement à des questions biologiques (physiologie, caractères sexuels secondaires) ; les traits associés au soin, à la douceur et aux couleurs pastels sont « husser/hussy » tandis que ceux qui sont attachés à la combattivité-compétitivité, etc. sont « waffer/waffy ». Le premier duo de néologisme dérive d’un vieux terme relatif à la maison, et le second aux armes.
  • Waffy-nerd : dans cette catégorie, on trouvera donc des jeux et fictions valorisant le combat, l’épopée, l’expérience de la souffrance physique, du courage, de la solidarité entre combattants, des déceptions associées, etc. Les personnages apprennent à se battre, à devenir plus fort et gagner des guerres (ou échouer dans des luttes impossibles dans le versant pessimiste).

● Quand des lecteurs cherchent et ne trouvent pas

Bon. Et pourquoi alors ce barbarisme ?

Je me rappelle d’une anecdote venant d’un rôliste et se plaignant qu’il voulait voir les nouveautés en imaginaire dans une librairie. Il disait que l’essentiel poussait vers la romantasy. A part ça, il n’y avait qu’un tout petit rayon vendant des classiques qu’il connaissait déjà (quand il ne les avait pas chez lui depuis longtemps).

Alors où devrait-il chercher pour trouver des informations sur les publications dans ses goûts? Cette question m’a embêté un long moment, mais je pense tout doucement avoir la réponse. En revanche, elle nécessite du travail. Or le « travail » est un vrai problème, car il exclut d’office les lecteurs occasionnels et les achats impulsifs. Tant qu’il faut fournir un effort pour identifier des lectures adaptées à nos goût, la lecture se limite à un lectorat militant qui cherche activement des livres.

⏳ Le temps des humains destinataires de l’œuvre est un vrai souci et il s’impose aussi en conception de Jeux de rôle

Communication et marketing ont notamment pour but de réduire l’effort de découverte de l’information. Savoir que le produit (livre, jeu, film, gadget…) existe constitue une condition préalable à son achat. C’est bête à dire, mais on peut difficilement vouloir quelque chose dont on ignore tout !

● Pourrait-on combiner faible effort et recommandations efficaces ?

Il y a « effort » et « effort ». Par exemple, on pourrait imaginer une version améliorée des recommandations de livres sur Babelio ou Booknode. Imaginons :

  • Chaque mois, une infolettre sur mesure
  • Voire une application dont l’infolettre constitue approximativement la page d’accueil
  • La recommandation tient compte de la saison (pas de romance de Noël en juillet). La saisonnalité est appréciée par beaucoup de lectrices, autant ne pas la négliger.
  • La recommandation propose une combinaison d’ouvrages nouveaux (des sorties donc) et d’ouvrages déjà plus anciens. Pour chacun, le destinataire peut cocher « j’ai déjà lu et aimé » (ou pas), « le pitch m’accroche », bref, il oriente la recherche de titres.
  • En option : des catégories type « meilleures ventes », « sorties de tel éditeur », « mes auteurs préférés », « les meilleurs notes », « ils font la une sur les réseaux »…
  • On se limite à une dizaine de titres, avec des liens directs pour l’achat (on se rappelle que l’objectif est de réduire l’effort au minimum) ou une liste de souhaits.
  • L’accès systématique à l’incipit / premier chapitre. Dans mon expérience, on sait très, très vite à cette lecture si on adhère ou pas, et pourquoi. Pour la non-fiction / ouvrages de recherche, il faut la table des matières et l’introduction (comme ce que proposent les Presses Universitaires de Rennes 💗)
  • Dans un monde encore plus radieux, des réglages de recherche approfondie pour trouver des articles ou des publications pointues (et puis tant qu’à faire, des podcasts aussi) sur des sujets particuliers. L’enjeu est surtout de réduire la masse de faux positifs (on croit que c’est dans le sujet, mais ça n’a rien à voir). Donc concrètement de perdre moins de temps inutile pour passer plus de temps à vraiment lire et analyser.
  • L’accès optionnel (lien) aux commentaires. Voire, si on tient à faire travailler l’IA, une synthèse des négatifs (1 et 2 étoiles), et des positifs (4 et 5 étoiles) pour avoir un condensé rapide « c’est pour moi / pas pour moi ». Évidemment, pour avoir des synthèses, c’est mieux d’avoir des banques de commentaires, et ça, c’est sur des sites spécialisés, déjà existants, qui ne voudront pas se faire piller.
  • Des liens vers les blogs littéraires et recensions traitant de l’ouvrage.

Cet outil maxi confort pourrait réduire drastiquement le temps passé en veille documentaire et de sortie. Il lui faudrait évidemment un modèle économique. Basé sur les liens d’achats ? De la publicité (ciblée évidemment, tant qu’à faire) ? Autre chose ?

📍 Note : mes recherches sont assez proches de ce vers quoi semble tendre Babelio, même si le côté clef en main et efficacité des recommandations ciblées et de la veille n’est pas encore là.

● Qu’est-ce qui manque aux outils disponibles ?

Pour l’instant, les outils de recommandations type Babelio ne sont pas idéaux pour moi. En particulier sur les ouvrages un peu pointus, universitaires.

Par ailleurs, la recherche active par des caractéristiques structurelles de l’ouvrage (par exemple imaginaire + style ciselé) laissent à désirer. Cela s’explique facilement : les lecteurs créent au moins une partie des étiquettes et mot-clefs des nuages de mots qu’on peut consulter et grâce auxquels naviguer. Or le lecteur quand il informe ces données ignore les mots-clefs utilisés par d’autres sur d’autres livres similaires. Donc il en met un et avec un peu de chance, on a une connexion, mais c’est aléatoire.

Autre souci des étiquettes : quand on cherche, on tape au hasard et on espère que le mot-clef colle avec des entrées. On ignore si un synonyme aurait mieux fonctionné. On tâtonne. Or, ce tâtonnement réduit forcément les chances de tomber juste, sur ce qu’on vise en ambiance.

● Que faire pour les amateurs de waffy-nerdisme?

Vous cherchez de l’épopée plus ou moins sombre, avec une écriture soignée. Ces livres existent ! Ils bénéficient de belles sorties. Comment trouver ces sorties parmi les dizaines de milliers dans l’année ?

  • Les blogs littéraires. On parle davantage de Bookstagram/Booktok, mais pour les ouvrages du spectre waffy-nerd, j’ai trouvé bien plus de titres sur des blogs littéraires.
  • Les recommandations de proche en proche sur Babelio. Pour naviguer efficacement dans les sorties, une solution consiste à identifier un livre dans le genre, et explorer toutes les recommandations liées, puis celles liées à elles.
  • Les infolettres des éditeurs. On n’y pense pas assez, et tous les éditeurs ne soignent pas suffisamment cet aspect, mais c’est vraiment pratique quand elles existent (et sont bien gérées — comme celles des Presses Universitaires de Rennes, au hasard). Une fois par mois environ, on est averti des nouveautés ou des mises en lumière d’un ouvrage déjà sorti. Du moment qu’on est satisfait d’une collection, on peut suivre paisiblement les nouveautés.

● Une illustration : Ithaque par Laurent Mantese

Cet ouvrage me parait un bon moyen de voir la diffusion de l’information sur une sortie récente (juin 2026), à la mort (L’Odyssée de Nolan est encore dans les esprits), et dans une tendance waffy-nerdy.

J’ai découvert son existence sur un blog littéraire. J’ai consulté aussi la fiche Babelio par curiosité. J’ai vu que les premiers retours (bien étoffés) étaient le fait d’un ensemble de blogs littéraires justement, et en lien avec la réception d’ouvrages envoyés par l’éditeur pour annoncer sa sortie. Vous pouvez trouver les liens vers les blogs (ou cliquer sur les boutons ci-après, je crois les avoir bien recensés). C’est intéressant aussi de consulter les échanges dans les commentaires, pour voir ce qui intéresse les potentiels futurs lecteurs. Hormis « ça va mieux en l’écrivant » (3 étoiles), les autres critiques sont plutôt convaincues.

Pour chercher d’autres livres dans le genre, consultez le « Que lire après Ithaque« . Du peu que je sais des ouvrages que j’ai reconnus, la recommandation de similarité me parait pertinente (je m’appuie comme souvent sur mes croisements de recensions de livre).

La recherche peut aussi se faire dans la bibliographie de l’auteur. Si vous vous aventurez sur cette page, il y a dans un coin « auteurs proches de« . Je mesure mal l’efficacité de cette recommandation, mais elle peut être aussi une piste pour étendre ses recherches.

🐭 Ma lecture inachevée

Je n’ai pas du tout accroché. En prime, je culpabilise énormément, car la bibliothécaire me l’a présenté en espérant que je serais une utilisatrice comblée.

Mes problèmes avec l’ouvrage ?

  • On a une émulation du style de l’Odyssée, avec des expressions construites de la même manière. En soi, pourquoi pas, mais à mon sens, c’était surchargé et certaines phrases, quand on s’y arrêtait, manquaient de rigueur sur le plan du sens.
  • Le registre mêle l’épique poétique au gore et au cru avec à mon sens trop de complaisance pour le viol (le coup de comparer des femmes enlevées et promises à des viols collectifs à un troupeau de chèvres effrayées… non, je suis désolée, je bloque direct). Je comprends que l’auteur a voulu montrer le contraste entre l’épopée qui décrit des héros, et la réalité crue de leur violence. Néanmoins, on est dans une narration omnisciente et donc les mots utilisés caractérisent la position de ce narrateur. Si on avait une 3e personne, focale interne, là, aucun souci, mais sur une narration omnisciente, les métaphores constituent un choix.
  • On nous décrit Ulysse ayant massacré, pillé, exterminé une ville. Il a tué les parents d’un bébé de trois jours, mais ne tue pas l’enfant. C’est censé être un acte de bonté montrant la complexité de l’homme traumatisé par la guerre, alternant violence et pitié… mais c’est surtout pire que de l’avoir tué. Il va lui arriver quoi au nourrisson de trois jours ? Sa mère est morte et toutes les femmes ont été razziées pour être violées. Donc l’enfant, là, soi-disant épargné, il est juste condamné à mourir de faim dans les douze heures (un nourrisson, ça meurt très vite). Je suis dubitative par cette démonstration de la complexité. Tout particulièrement car le narrateur omniscient ne dit rien de l’issue réelle, tout en s’étendant par ailleurs sur la complexité des doutes qui assaillent certains, avec de légers assauts de culpabilité. Or, là, justement, montrer que la pitié était vaine aurait eu du sens par rapport au propos. L’oubli semble donc non-intentionnel.
Cet ouvrage est à mon sens plutôt pour un lectorat :
  • Assez érudit pour apprécier un regard différent sur des scènes mythologiques connues.
  • Appréciant les personnalités tourmentées, en proie à leurs contradictions.
  • Appréciant un style soigné, une orientation poétique.
  • Considérant le viol comme un élément de crédibilité historique au service de la représentation d’un groupe d’hommes, marqués par la guerre, entre héroïsme et horreur.

■ Et la presse ?

Pour les ouvrages de vulgarisation et de mythologie comparée, je suis très longtemps passée par les recensions dans des revues spécialisées : Archéologia, Pour la Science, Espèces. Peinant à finir mes lectures en retard, j’ai arrêté mon abonnement à Archéologia que j’exploitais un peu moins que les deux autres, mais si je n’étais pas submergée de doc, je n’hésiterai pas à poursuivre, c’est une très bonne revue.

En revanche, côté « recommandations en imaginaire », je suis pour l’heure dans l’incapacité d’indiquer une source satisfaisante. Mention spécial au Monde (je suis une abonnée satisfaite en général, mais pas trop sur ce point): on y parle des sorties d’albums jeunesse, de BD, de biographie, de poésie, de blanche, de polars… Mais jamais, ô grand jamais, d’imaginaire. Parfois de l’anticipation, mais publiée chez des éditeurs « sérieux » (de blanche, donc). Cela dit, la romance souffre du même stigmate, mais bénéficie d’articles pour évoquer ses succès dans les ventes.

En l’état, pour trouver l’équivalent d’articles de presse sur des livres en imaginaire, c’est encore vers les blogs littéraires qu’il faut se tourner.

🐭 En conclusion

Je voulais initialement aussi traiter des financements participatifs et des débats en ligne sur l’importance de la communication propre des auteurs à un moment où les publications à contenu IA deviennent plus nombreuses. Ce sera pour une prochaine fois !

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