Dark romance : une synthèse de mes recherches

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Au cours de l’année écoulée, j’ai croisé la « dark romance » (et les débats associés) à plusieurs reprises. Cet article vous propose une synthèse de ce que j’ai trouvé à ce sujet, avec des liens pour creuser à votre convenance.

Les articles « In-Existence et l’édition » mêlent journal d’écriture du projet « In-Existence » et recherches sur le monde de l’écriture, depuis les groupes de jeunes auteurs jusqu’à la promotion des ouvrages publiés. Il s’agit pour moi de me soutenir moralement dans l’avancée de mon marathon tout en comprenant mieux comment mon travail se place au milieu de tous les autres.

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🔷Des analyses externes (de non-amateurs)

■ Déjà sur ce blog !

Précédemment, des articles sur ce blog ont déjà abordé le thème des dark romances. Les deux premiers (Sabre de Neige et Mariage avec un dragon) sont ceux qui l’abordent le plus en détail.

■ Entre dark romance et culture du féminicide

Dans ma veille, je note :

  • Il y a eu des questionnements sur le succès des ventes d’ouvrages de « dark romance » (beaucoup d’articles en 2023 et 2024, notamment autour des succès de « Hadès et Perséphone » et de « Captive »)
  • Un nouveau scandale au printemps 2026 avec un ouvrage autoédité en dark romance impliquant une composante pédocriminelle.

Ivan Jablonka est l’auteur de « La culture du féminicide » (2025, Seuil). J’ai pu consulter cet ouvrage à la bibliothèque. En substance, il retrace l’histoire des représentations de meurtres érotisés de femmes, depuis l’Antiquité, un chapitre par période, tout en établissant un lien entre la modernité de l’époque et ces récits, qui jouissaient d’une grande popularité. On passe donc des hagiographies de saintes sexualisées, soumises à des supplices atroces, jusqu’au théâtre Grand Guignol attirant le public par des mises en scène gores de mise à mort d’un personnage féminin, en passant par Sade et d’autres. Je suis ressortie de ma lecture avec la nausée. Ce qu’on peut en retenir :

  • L’association « mort cruelle + belle jeune femme » est une constante.
  • Ces récits jouissent d’une grande popularité et des meilleurs moyens de diffusion des époques considérées.

En ce qui me concerne, je sature totalement des crimes sadiques détruisant des victimes féminines caractérisée par leur beauté. Qu’il s’agisse de fictions de tueurs en série, de true crimes ou de stalkers, je suis arrivée à la réaction « encore ? » et « qu’est-ce que cette affaire apporte de différent ou de nouveau par rapport à toutes les autres ?« . Et pas « nouveau » ou « différent », j’entends autre chose qu’une simple surenchère sadique.

Ivan Jablonka propose trois axes pour caractériser les fictions à succès impliquant des violences romantisées, et en particulier, la dark romance.

  • Littérature érotique de la soumission d’une femme : héritage d’une longue histoire littéraire
  • Cendrillon : elle supporte, elle obéit, et peut ainsi, grâce à son endurance, atteindre un statut social supérieur, voire luxueux
  • Transgression : désir et danger se croisent.

C’est sur ce dernier point qu’il associe à la culture du féminicide. Les personnages féminins dans la dark romance sont explicitement menacées de mort. Les hommes violents sont sexys, et une belle histoire d’amour implique le danger.

Il souligne que l’adhésion politique (les convictions) et les fantasmes appartiennent à des sphères distinctes. Il s’intéresse sur les productions culturelles, les tendances sociologiques. Il observe aussi une tendance chez les lectrices à lire des dark romances (et consommer des true crimes) pour mieux identifier des situations à risque.

Joyce Kitten, autrice de dark romance, défend l’idée selon laquelle la toxicité est une source de fantasme. Elle souligne que les lectrices distinguent clairement ce qui est source d’excitation dans l’imaginaire, et ce qu’elles accepteraient dans la réalité. Elle insiste aussi sur l’intention d’organiser la publication pour éviter que les mineures lisent (vente sous blister par exemple). Elle estime que le genre de la dark romance a déjà beaucoup évolué, et en particulier que le viol est désormais en recul, du fait d’un rejet croissant de la culture du viol.

■ Autour de « Haunting Adeline » de H.D. Carlton

Dans l’actualité des scandales récents, j’ai surtout vu des mentions à « Haunting Adeline » De H.D. Carlton, initialement autoédité, puis édité traditionnellement suite à son succès. L’œuvre est controversée pour son romantisation du stalking et du viol. L’héroïne s’éprend de son harceleur au terme d’un parcours qui ne peut pas être qualifié de « relation saine ». L’ouvrage s’est distingué du fait de ses actualités (sans quoi j’ignorerais son existence).

  • Des fans ont utilisé l’affaire Epstein pour célébrer le contenu du livre (le personnage masculin Zade cible des pédocriminels, mais lui-même poursuit Adeline en n’hésitant pas à la terroriser).
  • L’œuvre serait en bonne voie de bénéficier d’une adaptation en cinématographique.
  • Dans un registre différent, vous pouvez aussi consulter un booktrailer qui résume le livre vu par une lectrice convaincue, ce qui apporte un autre éclairage.

■ Des scandales à propos de la présentation positive d’actes pédocriminels

La dark romance alimente les discussions et les scandales. Il y a eu au cours du début 2026 deux scandales à propos d’ouvrages de ce sous-genre incluant mentions ou descriptions d’actes pédocriminels sans que la construction des personnages ou de l’histoire ne les condamne.

Il y a eu deux affaires : une en Australie (chroniquée par Basilic Tropical ci-après) et une en France. Dans ce dernier cas, l’ouvrage a été dénoncé en premier par des lectrices de dark romance, avec un rejet clair et unanime (pour ce que j’ai pu en lire).

■ … et puis aussi des SS…

La dark romance a eu aussi deux scandales relatifs à des histoires impliquant des SS et des camps d’extermination. Je mentionne simplement à titre d’information. Pas besoin d’épiloguer sur l’aspect malsain à la la lisière du révisionnisme historique. Basilic Tropical a tenu une chronique des cas, que vous pouvez consulter.

🔷La définition du sous-genre

Quand on furète en quête de définition et qu’on écoute les définitions proposées, deux tendances se dégagent.

■ Romantisation de relations toxiques

La « toxicité » est revendiquée comme une dynamique de l’intrigue pour l’autrice Joyce Kitten dans son entrevue sur France Inter. Quand je regarde les résumés d’ouvrages de dark romance, je constate effectivement des dynamiques de ce genre : enlèvement, harcèlement, rôdeurs, sévices, consentement douteux (voire franchement absent)…

Cette variante du sous-genre est la cible des critiques de « non lecteurs de romance », mais aussi d’amateurs de dark romance de la seconde catégorie !

■ Romances dans un contexte sombre

Dans mes veilles « Bookstagram », j’ai vu passer des appels à texte de maisons d’éditions spécialisées dans la romance. Chaque fois que j’ai vu « nous cherchons des dark romances », j’ai aussi remarqué une précision sur sa définition : « une relation de couple saine dans un contexte sombre ». Comprendre : une intrigue dans un milieu criminel (humain ou surnaturel).

Si on considère les scandales, on peut noter que « contexte sombre » a des limites. Même « saine » une romance entre prisonnier et bourreau dans un camp d’extermination dépasse mon seuil de tolérance (et visiblement, celui de beaucoup de personnes).

■ « Dark romance » versus « Romance sombre »

Il y a donc une tendance à distinguer les deux courants en leur donnant des dénominations distinctes. La « dark romance » désignerait une relation toxique fantasmée, tandis que la « romance sombre » s’appliquerait à une relation saine dans un cadre toxique ». Vous trouverez ci-après une vidéo de Basilic Tropical à propos d’une « romance sombre » (selon cette typologie qu’elle explique), mais on remarque que le titre mentionne « dark romance » !

Donc globalement, si on vous parle de « dark romance », il faut vérifier de quelle sous-catégorie il s’agit, car ce n’est pas tout à fait le même contenu.

🔷Les attentes des amatrices du genre

Il me semble essentiel pour comprendre la dark romance de prendre le temps de lire et d’écouter les lectrices et les autrices qui en parlent. Cet éclairage apporte de la nuance et permet de cerner les points communs de ce sous-genre avec d’autres (en particulier le thriller).

■ Autour du cas particulier de la mafia romance

Les « mafia romances » comme leur nom l’indique sont des romances se déroulant à l’intérieur d’un milieu mafieux. De ce que je comprends, on est plutôt du côté de la « sombre romance », bref un sous-sous-genre, qui semble dynamique. Ce type d’intrigue intègre totalement les inégalités en défaveur des femmes et l’importance du mariage, sur fond de violence usuelle.

  • Romance
    • Dark Romance
      • Dark romance « toxique »
      • Sombre romance
        • Mafia romance

Kacie B. Keegan est une autrice de romances dont les articles sont très analytiques, avec une réflexion sur la distinction entre le fantasme et l’aspiration politique. Elle connait bien le genre et en parle clairement.

■ Les lectrices aiment…

En feuilletant les témoignages positifs de dark romances, j’ai l’impression qu’on peut dégager des tendances, que je trouve très proches du thriller. L’émotion constitue vraiment un enjeu central.

  • Des personnages « incroyablement sombres et intenses »
  • L’exploration des « recoins sombres de l’âme humaine »
  • Des personnages complexes, « terriblement humains »
  • Des personnages blessés, marqués par des traumas
  • Une lecture perçue comme cathartique, porteuse de réponses
  • Des intrigues prenantes, chargées en émotions
  • Émotions en montagnes russes
  • Des enquêtes, du mystère, du suspense
  • Des enjeux extrêmes (et les émotions qui vont avec)
  • La dénonciation de problèmes sociaux
  • Un effet de contraste (dur / doux, violence / amour…)

En théorie, les lectrices de dark romance pourraient donc aussi trouver leur compte dans des récits de « horror romance » (ou d’ailleurs, d’horreur en général), mais la différence ici réside dans la promesse de l’ouvrage : la dark romance promet une fin heureuse, alors que l’horreur garantit la déconstruction.

■ Les autrices

Pour conclure, j’ai trouvé un témoignage d’autrice qui a découvert son appétence pour la dark romance et travaille actuellement à un projet dans ce genre. Elle y explique son cheminement et ce qui l’anime à explorer cet univers.

Si vous souhaitez découvrir la dark romance, vous pouvez certainement en trouver dans votre bibliothèque (c’était mon cas), mais il y a aussi un très grand vivier en ligne. D’ailleurs beaucoup d’autrices qui se sont distinguées dans le genre ont commencé là.

🐭 En conclusion

Jusqu’à présent, la dark romance, pour ce que j’ai pu lire, ne m’a pas satisfaite, mais je fais partie des gens qui abandonnent 90% des livres de fiction qu’ils entament. Je m’ennuie vite, surtout quand j’identifie les schémas narratifs ou que je vois des solutions simples pour résoudre le problème.

Bref, je ne suis toujours pas une lectrice de dark romance, mais j’aime comprendre les phénomènes culturels, surtout quand ils sont aussi polarisants. Comment un même objet peut être compris de manière aussi différente ?

Pour ce que je comprends, il y a deux courants. L’un d’eux est plus transgressifs et se nourrit d’aspects relationnels violents : emprise, violences (verbales, psychologiques, physiques, sexuelles). L’autre défend son attachement à un cadre sombre (typiquement criminel), mais en assurant que la romance elle-même répond à des critères moraux (respect, consentement). Dans l’état actuel de mes recherches, je n’ai pas l’impression que les catégories soient hermétiques. Il me semble que c’est davantage une dynamique en cours de structuration, ou bien un continuum. Pour schématiser à gros traits : à gauche, le fantasme de viol, à droite, un Grand Theft Auto (ou le Parrain, ou des Yakuza ou des Hell’s Angels) sexy.

Je suis mal placée pour lancer la pierre : In-Existence se déroule largement dans des milieux criminels. Si je perdais toute mesure, j’aurais d’ailleurs la matière pour écrire des dark romances sur la base du passé de certains de mes personnages (on est du côté du spectre « cadre sombre, relation saine ») :

  • Eufemia Spinelli. Sa jeunesse sauvage, quand sa famille a été massacrée et qu’elle a reconquis le pouvoir en se vengeant brutalement. Elle entretenait une relation clandestine avec un homme de la bonne société, et s’est mariée avec un homme de son gang, prêt à tout pour elle. Bref, triangle amoureux de classe, ambition, ascension, sombres secrets…
  • Lorenz Spinelli. Tombé éperdument amoureux de Mel Malchaï, au très sombre passé, et qui l’a aidé à collecter des informations décisives sur une bande adverse, conduisant à un massacre qui a défrayé la chronique.
  • Alvise Spinelli. Exilé en territoire ennemi, en tant qu’otage, assigné aux plus sales boulots (suite à un pari discutable), il a rencontré Mathilde, une fille qui avait les codes de la haute société. Avec elle, il a monté des affaires, il a gagné du pouvoir, gravi les échelons…

Bon, ces romances, toutes sincères et intenses qu’elles furent, se sont toutes mal finies avant le début de l’intrigue principales ! Mais si on coupe l’histoire au bon moment, ça passe ! 😂

A suivre ! ✨

Objectif 2026 : finir le JOUR 6 !

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