Le long seller, le classique et l’upmarket fiction

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Les réflexions connexes à la communication et les commentaires d’acteurs du monde du livre m’ont amenée à me poser des questions. On parle beaucoup des best-sellers : des livres à forte vente, immédiate, des succès à plus de 10.000 ouvrages écoulés, etc. Des programmes de conseils s’intitulent « objectif best seller ». Mais je n’ai pas encore croisé, de manière évidente et claire, des analyses et des recommandations pour devenir un « long seller ». Pourtant, quand je considère mon parcours d’investigation sur le monde de l’écriture, ce profil d’ouvrage me parait très intéressant.

Au menu dans cet article : qu’est-ce qu’un long seller ; le problème de la durée dans l’édition actuelle (traditionnelle et autoédition) ; et la questions des ouvrages durables précisément (long sellers, classiques) avant de finir par le mystérieux « genre » de l’upmarket fiction (ce n’est pas un genre, mais c’est une catégorie quand même).

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Les articles « In-Existence et l’édition » mêlent journal d’écriture du projet « In-Existence » et recherches sur le monde de l’écriture, depuis les groupes de jeunes auteurs jusqu’à la promotion des ouvrages publiés. Il s’agit pour moi de me soutenir moralement dans l’avancée de mon marathon tout en comprenant mieux comment mon travail se place au milieu de tous les autres.

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🔷Pourquoi les long sellers sont-ils intéressants?

■ De la difficulté de trouver des informations sur les « long sellers »

Je vous invite à un test sur vos moteurs de recherche favoris. Tapez « comment écrire un best seller » et « comment écrire un long seller« . Vous pouvez varier avec d’autres mots comme « conseil + » l’un ou l’autre des types d’ouvrages. De manière générale, les analyses sur les best-sellers sont nombreuses, mais sur les long sellers, c’est plus délicat de s’informer. Voici un aperçu des quelques résultats que j’ai trouvés :

Si vous avez des références accessibles, n’hésitez pas à les signaler ! En l’état, je constate que je ne vais pas loin.

■ Des discours paradoxaux sur le temps des livres

Lu et entendu…

Si vous suivez les débats sur les best-sellers (et l’édition en général), vous avez lu et entendu souvent certaines de ces phrases :

  • Ce livre est le reflet d’une époque. (On le dit pour expliquer les best sellers.)
  • Si on avait la recette, on publierait seulement des best-sellers. Il y a des livres auxquels on croyait qui n’ont pas de succès, et d’autres sur lesquels on ne misait pas qui en ont eu.
  • Il n’existe pas de recette (mais quand même, ce serait mieux de + liste de conseils).
  • Ne vous précipitez pas pour finir votre livre. Écrivez le meilleur ouvrage possible… Ce serait quand même bien d’en sortir au moins un par an si vous voulez faire carrière… Cela dit, avec l’IA, la quantité perd de sa valeur au profit de la qualité…
  • Il y a des thèmes à la mode, mais n’écrivez pas pour la mode, car elle aura changé d’ici que votre livre arrive.
  • Utilisez les thèmes à la mode (et mot-clef tendance TikTok) pour orienter votre promotion du livre… mais ne trichez pas sur le contenu, parce qu’on vous assassinera dans les commentaires.
  • Le temps de l’édition n’est pas le temps ordinaire. (On le signale pour les durées de réponse des éditeurs, les corrections éditoriales, ou le temps d’écriture.)
  • Un livre a une durée de vie courte et est vite périmé (dans l’article d’Alwet, mais vous pouvez trouver des propos similaire chez Stéphane Arnier, à propos de sa dernier sortie : « Vous connaissez aussi la chanson : la durée de vie des livres est relativement courte, alors si la duologie vous fait envie, n’hésitez pas à l’acquérir sans attendre… »)
  • « Moi je lis des classiques« . (A rapprocher des « basiques » intemporels.)
  • « Qu’est-ce que [nom de classique] dit de notre époque? « 

Les injonctions contradictoires autour de l’écriture

Je trouve savoureux qu’on explique qu’un best seller est le reflet d’une époque, mais que l’auteur vit dans un temps différent. En substance, l’idée derrière est qu’un auteur de best seller est une sorte de devin : il a pressenti les questions importantes du futur. Il est littéralement « visionnaire ».

Comme par ailleurs, l’auteur a « porté » cette histoire et qu’il « ne pouvait pas faire autrement que de l’écrire », il tient toujours plus du prophète. Dommage que par ailleurs on soit dans un contexte de surproduction dans un marché saturé, avec des dates de péremption de quelques semaines après la sortie de l’ouvrage !

Tout le discours autour de l’écriture nous confronte à des injonctions contradictoires :

  • L’importance du livre, du soin apporté durant des années…
  • … s’il se vend trois mois c’est déjà formidable.

On peut encore ajouter dans les contradictions de discours la question de la durée des droits. Par défaut, l’éditeur peut exploiter l’œuvre jusqu’à la totalité de la durée des droits d’auteur (70 ans après la mort). D’après les échos que j’ai lu et entendus, il est fréquent que le contrat couvre toute cette période. On a donc :

  • Des contrats qui lient l’auteur jusqu’à sa mort et bien au-delà.
  • Le marché qui indique qu’un livre a une durée de vie inférieure à un vêtement en boutique (avant la fast-fashion et l’ultra fast-fashion).

L’impossible course de vitesse face à l’IA (en autoédition)

Amazon a diffusé la nouvelle (relayée absolument partout) d’un ajustement de son règlement : pas plus de 3 nouveaux livres par jour. Inutile de préciser qu’aucun auteur humain ne peut atteindre une telle cadence. Les records humains pour ce que j’ai pu lire tournent à 1 livre pour 2 à 3 mois, ce qui ferait entre 4 et 6 sorties par an.

Ces scores concernent plutôt l’autoédition. Claire Fraise (vidéo ci-après) est une autrice auto-éditée. Elle fait donc partie des personnes directement impactée par la submersion de publication assistées ou entièrement générées par IA. Dans son retour sur l’histoire de la situation, elle mentionne un aspect (qui motive sa présence ici) : il y a quelques années, publier très vite en auto-édition était un pari gagnant. Cela permettait aux auteurs de se distinguer et de dégager des revenus, donc en pratique de vivre véritablement de l’écriture.

Désormais, la course à la vitesse ne peut plus être gagnée par un humain. Les questions se posent donc différemment.

Le constat de Claire Fraise et similaire à celui de Cyril Destoky (ci-après). La quantité ne peut plus faire la différence, alors il ne reste que la qualité.

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■ L’enjeu de la durée de vie des livres dans l’auto-édition

Tenir avec uniquement ses livres

Dans l’autoédition, les auteurs ont un intérêt évident à faire vivre leurs livres le plus longtemps possible pour bénéficier d’un effet catalogue : des ventes régulières d’ouvrages existants, pour lesquels l’investissement du travail éditorial est déjà fait.

Quand on se promène sur Instagram/Bookstagram, on trouve beaucoup de témoignages d’autoédités ou d’auteurs débutants aspirant à cette voie. Parmi les raisons régulièrement invoquées :

  • La liberté (incluant de pouvoir choisir sa couverture) ;
  • Quitte à devoir assurer sa communication, autant se payer davantage que 8-10% ;
  • Les conditions contractuelles défavorables ;
  • La fragilité des petites maisons d’édition (si elle ferme, le livre ne sera pas repris ailleurs, autant éditer soi-même et être sûr que le livre continuera d’exister) ;
  • La maitrise de son catalogue (choisir soi-même si on arrête de publier un texte quand estime daté, ne correspondant plus à ce qui nous parle, etc.).

Les auto-édités sont confrontés de manière aiguë à tous les enjeux de communication, de nouveauté et de catalogue. Ils sont soumis à une pression adaptative très élevée, de sorte que leurs réflexions pour résoudre les problèmes me paraissent mériter qu’on s’y attarde.

Faire vivre un univers, et pas juste un livre

J’ai aperçu plusieurs conseils suggérant de soutenir l’univers (personnages, ambiance, etc.) plutôt que l’histoire seule. Ci-après un article sur Substack à ce propos.

De ce que je comprends, on retrouve des concepts de marque auteur et de marque d’univers.

  • Si je dis « Agatha Christie », on visualise très vite des énigmes dans un cadre soigné, élégant, avec un contraste entre le confort et les sombres secrets, le tout avec des astuces logiques pour surprendre le lecteur.
  • Si je dis « StarWars », on a tout un univers étendu en série, livres, films, produits dérivés…

On invite l’abonné à suivre une histoire autour de l’histoire. Le roman n’est qu’une partie d’un ensemble plus vaste dans lequel projeter son imaginaire.

Ceci, cependant, ne fonctionne pas forcément si on cherche à changer totalement de genre, d’ambiance ou autre en passant d’un univers à l’autre dans ses écrits.

■ D’autres effets pervers de la course aux nouveautés dans l’édition traditionnelle

La course aux nouveautés pèse dans les coulisses, et pas seulement sur les auteurs qui constatent la disparition d’un livre rapidement après sa sortie.

Travail éditorial

Le travail d’un éditeur pour publier un seul livre implique (1) la sélection des manuscrits (longue, laborieuse) ; (2) les discussions contractuelles ; (3) les corrections éditoriales ; (4) la création de l’objet livre (couverture, corrections de forme, maquette) ; (5) la communication (publicité, salons littéraires, dédicaces) ; (6) la distribution-diffusion (s’assurer que le livre arrive à destination, avec plein de fiches techniques et de logistique). Si on considère qu’un livre ne dure que 3 à 6 mois, alors le coût de sa conception et de sa mise à disposition devient difficile à défendre. On peut viser ce modèle de « fast publishing » avec :

  • Des traductions
  • Des ouvrages d’auteurs ayant déjà une communauté (grâce à une carrière d’auteur à succès ou par leur célébrité via un autre parcours)
  • Si l’auteur reçoit un prix prestigieux (le Goncourt est réputé garantir des ventes confortables)

En revanche, pour des primo-auteurs ou des débutants en général, c’est plus compliqué. Idem pour des auteurs écrivant lentement, car ils ont un autre emploi (cas majoritaire), donc moins de temps à consacrer à leur œuvre littéraire, à sa croissance et à sa communauté. On peut alors tenter le pari de « voir si ces auteurs de l’ombre perceront », mais on peut s’interroger dans le même temps sur la possibilité réelle de percer justement dans un contexte où le budget communication serait centré sur les succès prévisibles, et où la disparition rapide d’un ouvrage réduit les chances d’un démarrage en douceur des ventes.

De ce que je comprends, le démarrage de carrières d’écrivain implique un travail de communication dans la durée, et la mise en valeur de livres publiés l’an passé, ou il y a trois ans. Le passage en format « livre de poche » joue un rôle dans la deuxième vie d’un livre, son rajeunissement quelque part. C’est aussi le cas de l’adaptation en livre audio. Si plusieurs livres sortent dans un même univers, il est facile de ressortir les précédents dans des packs.

Dans l’absolu, on pourrait aussi penser à des « packs » d’ambiance, au sein d’une collection. D’ailleurs si on regarde le travail au sein de certaines collection justement, elles incitent indirectement à la… collection. Ainsi, chez Le Bélial, la collection « Une heure lumière » bénéficie d’une unité esthétique marquée. Ce n’est pas du jaspage, mais il y a possiblement un effet « rayon de bibliothèque ».

Librairies

Marouchka propose une analyse du problème du côté des librairies. Le flux de nouveautés représente un coût, alors même que la librairie est un type de commerce à très faible marge (lesquelles sont mises encore plus en péril par les hausses de charges, loyers, etc.). Parmi ces frais, lourds sur la durée : le temps de manutention (arrivées, retours), les mouvements de trésorerie liées, les frais attenants (le retour n’est pas aussi « gratuit » qu’on l’entend parfois), du stress. Certains libraires mènent des expériences visant à réduire le nombre de vagues de nouveautés qu’ils acceptent, et donc passent plus de temps à vendre des ouvrages dans leurs fonds. Les données qui commencent à remonter suggèrent que cette approche a des aspects positifs : meilleur chiffre d’affaires, moins de fatigue, plus grande satisfaction au travail (sens).

■ Et le long-seller dans tout ça ?

Comment favoriser son émergence ?

Par définition, on ne peut avoir de ventes sur la durée que si on s’assure que le livre reste disponible et qu’il peut atteindre les lecteurs après sa sortie. Une organisation en « ultra fast publishing » parait difficilement conciliable avec cet objectif.

Si cette approche est a priori peu compatible avec l’apparition de « long sellers », en revanche les « classiques » continuent d’être réédités avec de nouvelles couvertures. Les livres anciens ont leur place dans le marché de l’édition. La question se pose alors de savoir « comment naissent les classiques de demain ?« .

Qui est devenu classique et pourquoi?

Les raisons pour lesquelles un livre devient un « classique » varient certainement.

  • Le classique fondateur. Lovecraft est passé d’auteur de genre marginal à classique. Son héritage dans les fictions de l’imaginaire et de l’horreur en particulier est si important que l’on revient à lui pour voir le point de départ. Même chose d’ailleurs pour Tolkien. Dans les deux cas, des prédécesseurs existaient, mais ils n’ont pas porté aussi loin la synthèse réflexive sur le sujet (horreur cosmique, création de mythe à partir du matériau mythique européen).
  • Le classique adapté. Beaucoup de gens ont vu les adaptations des aventures de Sherlock Holmes ou de l’Odyssée, mais les lecteurs du texte lui-même sont moins nombreux. Chaque réécriture, chaque reprise, peut pousser des lecteurs à se tourner vers l’original. Incidemment, cela suggère qu’on peut « créer » un classique en redécouvrant une œuvre ancienne, puis en l’adaptant avec succès.
  • Le classique mythique. L’homme invisible, Frankenstein ou Dracula sont moins importants pour leur texte que pour les concepts portés. Derrière les personnages on a de l’ambiguïté, des questions de sociétés, de l’éthique… Et la figure majeure de l’intrigue synthétise le tout sous son nom. On assiste à une synthèse qui crée un nouveau mythe, adapté au monde. D’ailleurs, Frankenstein a « Le Prométhée moderne » comme sous-titre, le projet est ici conscient (sur Wikipédia).
  • Le classique témoin d’une époque. Zola livre un portrait documenté de son époque, tout comme d’autres auteurs ont su montrer des spécificités, des scandales. Certains livres ont provoqué à leurs sorties des débats importants, des censures, des procès, des lois, etc. Ces ouvrages ont marqué l’histoire.
  • Le classique populaire. Un best seller a de meilleures chances d’être copié, diffusé, imité, commenté. Shakespeare est parvenu jusqu’à nous car ses contemporains (et les érudits des siècles suivants) l’ont apprécié. Zola, Victor Hugo et Dumas ont écrit pour une large audience contemporaine.
  • Le classique éducatif. Tout ce qui a été étudié par la génération précédente a une chance d’être reconduit dans ce rôle de formation, par la transmission de type « j’ai lu ça à ton âge ». Tout livre qui parvient à devenir un objet d’étude universitaire a de bonnes chances d’être transmis et connu. La qualité formelle (style, construction) joue dans cette reconnaissance, mais il y a probablement une dose de hasard et de pression sociale dans la sélection (élimination d’auteurs marginaux ou d’autrices par exemple).
  • Le classique rituel. On est proche de l’éducatif, mais l’œuvre s’associe à certains moments de l’année, et prend donc d’une dimension mythologique. C’est le cas des fantômes de Noël de Dickens.
  • Le classique dogmatique. L’ouvrage est une référence pour un groupe de personnes, il défend une vision du monde synthétique. On trouve ici des livres de philosophie (incluant ici les questions politiques comme spirituelles), mais quelques fictions se faufilent aussi.
  • Le classique moderne. Pour traverser le temps, le classique se confronte à des difficultés : il doit continuer de susciter des émotions pour des lecteurs d’une société dont les codes diffèrent (on retrouve le même problème dans la vente d’un livre dans plusieurs langues). Pour ça, il doit disposer de qualités formelles (voix, style, esthétique) et d’une profondeur (réflexion, message) à même d’intéresser le lecteur. On pourrait invoquer l’universalité ici, le fait que quelque chose, dans le texte, donne l’impression d’apporter une réponse ou résonne.

🔍 Les émotions sont fondamentales : si on n’est pas emporté, l’histoire ne marque pas…

Et si on veut écrire un potentiel futur classique ?

Quand on regarde les grandes familles de classiques, on constate que les œuvres les plus célèbres cochent souvent plusieurs cases. J’ai l’impression qu’on peut tirer quelques tendances.

  • Porteur de sens. L’ouvrage pose des questions profondes auxquelles il cherche des réponses. Il y a une philosophie, une réflexion, un apport de l’auteur. Le texte utilise des métaphores, des situations, des symboles, qui donnent de la profondeur. Le texte est assez riche pour qu’on puisse le relire sans s’ennuyer (et donc en connaissant la fin). Les dialogues ont plusieurs couches de sens. Les personnages sont travaillés avec soin et offrent matière à réflexion, à réinterprétation.
  • Formellement maitrisé. Globalement, un livre bien écrit a de meilleures chances de bien vieillir, et il donne davantage envie de l’étudier par fragments.
  • Accessible. Le texte est facile à lire et à comprendre pour les contemporains. Il y a une véritable intrigue (une histoire), du suspense, des émotions. On peut parler d’œuvre populaire. Un grand nombre de gens parviennent à se projeter dedans (situations, personnages).
  • Recommandable. Les lecteurs doivent avoir envie de recommander le livre. C’est un critère indispensable au succès. Le bouche à oreille, le cadeau, le conseil de lecture, le souvenir de type « ce livre m’a marqué » forment un vaste ensemble de recommandation. Cela implique :
    • (1) le livre est satisfaisant (plaisir du lecteur, qu’il soit émotionnel ou intellectuel, ou les deux)
    • (2) parler du livre donne une bonne image de soi (on n’en a pas honte, on peut s’identifier à l’idée d’être un amateur de cet ouvrage)
    • (3) on se souvient d’éléments marquants (le pitch, un personnage, l’incipit, la chute…), même des années après la lecture

Cette liste de critère correspond à la définition de « upmarket fiction »!

La « upmarket fiction »

Si vous suivez les conseils d’écritures venant d’Amérique du Nord, vous avez pu croiser la « upmarket fiction ». Si vous utilisez ce mot-clef sur YouTube, vous découvrirez beaucoup de vidéos de présentation de ce « genre » qui n’en est pas un. Quand j’ai découvert cette expression, j’étais vraiment perplexe, et je le suis restée longtemps.

Les agents littéraires états-uniens semblaient donc très intéressés par un type d’ouvrage difficile à cerner. Si on regarde les critères, ils se superposent avec ceux que je viens de vous donner pour « écrire un classique ». Le problème du classique, c’est qu’il ne peut le devenir qu’après au moins 15-20 ans. Ne peut devenir « classique » qu’un « long seller » (autre catégorie de livre dépendant de l’âge).

La « upmarket fiction » est un « bébé classique » ou « potentiel long seller » : un livre rassemblant plusieurs caractéristiques lui donnant le potentiel de devenir un classique.

A ce stade de mon enquête sur le « long seller », je constate donc que l’importance de ce type d’ouvrage a bien été identifié par le monde de l’édition, mais avec l’étiquette « upmarket fiction ». Si donc on vise le « long seller » dans son écriture, la logique serait de tendre vers « l’upmarket fiction ».

🐭 En conclusion

Au terme de cette enquête, je suis contente d’avoir enfin pu donner un sens plus concret à l’étiquette « upmarket fiction » qui me paraissait brumeuse.

Beaucoup de questions néanmoins continuent de se poser. Éditer un livre de type « upmarket fiction » est une chose, mais son évolution vers le statut de « long seller » puis de « classique » me parait impliquer aussi une démarche de communication. Agatha Christie est une des autrices les mieux vendues de l’histoire, mais ça ne tient pas uniquement à ses textes. La campagne « A Christie for Christmas » par exemple a suffisamment marqué pour arriver jusqu’à moi, bien après qu’elle ait eu lieu.

En d’autres termes, une œuvre peut cocher les cases, son succès s’inscrit dans un contexte économique (communication, contrats, adaptations) et social (le volet difficilement prévisible des réactions publiques).

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